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Maladies psychiatriques : comment mieux vivre le confinement ?

16 avr. 2020 • 5 commentaires

Près d’un tiers de la population française serait concerné par un trouble psychiatrique, que ce soit la dépression, la bipolarité, la schizophrénie ou encore les troubles anxieux. La situation actuelle de confinement peut s’avérer très difficile à vivre pour ces personnes, beaucoup plus sensibles à l’isolement et à l’anxiété que le reste de la population.

Comment éviter une aggravation de la maladie ? Comment aider un proche isolé atteint d’un trouble psychiatrique ? Y a-t-il un risque de pénurie de médicaments ? On vous dit tout !

Maladies psychiatriques : comment mieux vivre le confinement ?

J’ai une maladie psychiatrique, y a-t-il un risque qu’elle s’aggrave avec le confinement ?

Selon le Docteur Jean-Victor Blanc, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, les malades atteints de troubles psychiatriques sont beaucoup plus sensibles à des situations d’isolement telles que celle que nous traversons actuellement, ainsi qu’à l’atmosphère anxiogène particulièrement alimentée par le flux continu d’informations.

Le Dr. Blanc met en avant le fait que beaucoup de ses patients ont peur de refaire un épisode dépressif ou bien des réactions de stress pendant le confinement. Il a également pu observer une forme d'autocensure, où les patients s’empêchent complètement de sortir par exemple, alors qu’une heure d’activité physique par jour à l’extérieur est autorisée. Cela s’accompagne souvent d’un manque de motivation ou d’une mauvaise observance des traitements (non respect de la prescription du médecin), pouvant aboutir à une crise dont les causes sont psychiatriques (décompensation) si les bons réflexes ne sont pas adoptés !

Les patients ayant une maladie psychiatrique, sont-ils plus vulnérables face au COVID-19 ?

Selon le professeur Pierre-Michel Llorca, chef du pôle psychiatrie au CHU de Clermont-Ferrand et membre du comité de direction de la fondation FondaMental, les malades psychiques sont vulnérables en cette période de crise sanitaire pour plusieurs raisons : 

  • Les personnes concernées par une maladie mentale ont souvent d’autres pathologies chroniques comme l’obésité, l’hypertension ou le diabète (1,5 à 2 fois plus que la population générale). Ces maladies sont des facteurs de risque de développement de complications sévères en cas de Covid-19.
  • Les patients psychiatriques ont souvent plus de difficultés à appliquer les gestes barrière et respecter le confinement. En effet, ces mesures demandent une hyper vigilance. Certains patients ont des difficultés cognitives pour planifier leurs actions, et leurs maladies altèrent la planification des gestes. Leur attention peut se relâcher. C’est le cas par exemple des personnes atteintes d’autisme, de schizophrénie ou de trouble bipolaire.
  • Certains patients “n’arrivent pas à se rendre compte de la nécessité de ces gestes”  indique Pierre-Michel Llorca. « Quand vous êtes très déprimé, vous n’arrivez parfois pas à vous occuper de votre hygiène. Vous n’arrivez à rien faire du tout ». Dans ce cas là, il est très difficile d’appliquer les gestes barrières ce qui expose d’autant plus les patients au coronavirus.

Quels conseils pour éviter la “rechute” de ma maladie mentale ?

Selon le Dr. Blanc, il est particulièrement important de : 

  • continuer à prendre correctement son traitement au long cours : en effet, si vous ne prenez pas, ou que vous prenez mal votre traitement, cela augmente considérablement le risque de déstabiliser votre état psychologique, et peut entraîner des réactions de stress, un épisode dépressif caractérisé ou encore des délires aigus nécessitant une hospitalisation en urgence.
  • garder un lien thérapeutique avec son psychiatre : la téléconsultation vous permet de continuer à échanger avec votre psychiatre, qui évaluera régulièrement votre état mental, vos habitudes, votre adhérence aux traitements, les effets des traitements etc. Il est très important de garder ce lien, et de ne surtout pas s’isoler davantage ! A défaut de pouvoir faire une téléconsultation, les rendez-vous téléphoniques peuvent être envisagés.

Il est également essentiel de maintenir la possibilité, notamment pour des premières consultations ou pour certains patients présentant des pathologies psychiatriques sévères, cela dans des conditions de protection sanitaire indispensables (port d’un masque, utilisation de gel hydroalcoolique, respect des mesures barrières) :

    • de consultations en structures de prise en charge ambulatoire ou en cabinet libéral ;
    • de visites à domicile ;
    • d’activités individuelles, notamment dans les hôpitaux de jour et Centre d'activité thérapeutique à temps partiel (CATTP).

En cas de nécessité, l’accès aux soins hospitaliers est maintenu.

  • conserver une routine quotidienne : habituellement les journées sont rythmées par le temps d’éveil, les temps de repas, les temps sociaux et le temps de coucher. Sans aller jusqu’au programme militaire, il est très important de conserver ces activités à heures régulières !
    Par exemple : levez-vous tous les jours à peu près à la même heure, prenez le temps de vous habiller, de préparer vos repas et de manger à table, d’appeler vos proches si vous êtes seul, de sortir marcher au moins 20 minutes (oui vous avez le droit de sortir), de faire une activité que vous aimez, et de vous coucher à heure régulière.
    Occuper et rythmer vos journées vous évitera d’avoir cette impression de temps interminable, qui favorise la baisse de motivation et l’augmentation du stress.

J’ai peur pour la santé mentale d’un proche isolé, que faire pour l’aider ?

Il est particulièrement important de faire attention à vos proches isolés atteints d’une pathologie psychiatrique. N’hésitez pas à les appeler tous les jours ou au moins plusieurs fois par semaine pour prendre de leurs nouvelles ! Vérifiez qu’ils prennent correctement leur traitement, qu’ils conservent une bonne hygiène de vie (sommeil, repas, activité physique). Montrez leur qu’ils ne sont pas seuls, et qu’ils peuvent aussi contacter leur psychiatre s’ils ne se sentent pas bien !

L’Unafam (Union nationale des amis et familles de malades psychiques) accueille, soutient les familles et défend leurs droits. La ligne Ecoute-Famille créée par l’Unafam est destinée aux familles ayant un proche en souffrance psychique. Des psychologues conseillent et orientent les familles.

  • Numéro d’appel : 01 42 63 03 03 (prix d’un appel local)

Puis-je développer une maladie psychiatrique pendant le confinement ?

Dans un article publié le 14 mars dans la revue scientifique The Lancet (l’article est en anglais), sept membres du département de psychologie du King's College de Londres préviennent : "Les bénéfices potentiels d'une quarantaine massive et obligatoire doivent être évalués avec précaution au regard des possibles coûts psychologiques." Même s’ils reconnaissent l’utilité du confinement sur la propagation du coronavirus, ils alertent sur la nécessité des autorités d’informer au mieux la population et d’assurer la continuité des services de base pendant toute la durée du confinement, au risque d’augmenter les conséquences psychologiques sur la population pendant et après le confinement.

L’un des auteurs de l’article, Neil Greenberg, affirme que “Les personnes les plus vulnérables seront celles qui ont déjà des antécédents et cela va peut-être en faire basculer d'autres qui n'étaient pas au mieux – d'où l'importance de veiller les uns sur les autres.”

En Chine, des chercheurs du Centre de santé mentale de Shanghai ont interrogé près de 53 000 personnes, via un questionnaire en ligne, entre le 31 janvier et le 10 février, en pleine épidémie de COVID-19. Selon les résultats de première enquête nationale, publiés le 6 mars dans General Psychiatry (en anglais), "près de 35% des répondants ont souffert d'une forme de détresse psychologique".

Pour diminuer le risque de développer une forme d’anxiété et les symptômes l’accompagnant, restez informé avec des sources fiables, restez actif socialement même à distance et gardez un régime sain (routine, alimentation, activité physique). 

N’hésitez pas à contacter votre médecin traitant si vous ressentez les symptômes d’une détresse psychologique (fatigue et perte d'énergie, changement de poids ou d'appétit, excès de sommeil ou difficultés d'endormissement, augmentation de la tension et de l'anxiété, chute du niveau d'activité, diminution de l'estime de soi ou sentiments de culpabilité, troubles de la pensée ou de la concentration ou encore idées suicidaires).

Puis-je effectuer une téléconsultation avec un psychiatre si je ne suis pas déjà suivi(e) ?

Consulter pour la première fois un psychiatre en téléconsultation est plus difficile que de consulter alors que vous êtes déjà suivi, cependant plusieurs solutions existent :

  • Un numéro vert a été mis en place pour accompagner et aider la population française en détresse psychologique : 0 800 130 000. Ouvert 24h/24, 7J/7. Ce numéro initialement dédié à une ligne d’information sur le coronavirus assure également un soutien psychologique.
  • Le dispositif InPsy met également en place un numéro pour une consultation gratuite avec un psychologue bénévole, tous les jours de 8h à 22h : 09 74 191 800
  • Les plateformes proposant la téléconsultation avec des psychiatres et psychologues comme Doctolib, Leah ou Qare.

La modification de mon hygiène de vie peut-elle diminuer l’efficacité de mes traitements ?

La diminution d’activité physique entraînée par le confinement ne modifiera pas l’efficacité de vos traitements. Cependant, le stress et l’anxiété consécutifs à la situation actuelle peuvent conduire à adopter des comportements qui diminuent l’absorption et donc l’efficacité de vos médicaments. Parmi eux, les principaux sont la consommation d’alcool et le tabagisme, qu’il faut donc éviter si vous prenez des traitements pour votre pathologie psychiatrique (neuroleptiques, antidépresseurs, anxiolytiques...). 

Le risque d'interaction est élevé et peut mener à une importante déstabilisation de votre pathologie, à des comportements dangereux pour vous-même et pour votre entourage, voire à des situations d’urgence vitale (notamment avec l’alcool).

Existe-t-il un risque de pénurie des médicaments psychotropes ?

A priori pour le moment il n’y a pas de risque de pénurie pour les psychotropes et autres traitements utilisés dans le cadre de trouble psychiatrique. En effet, ces traitements ne sont pas davantage utilisés en ce moment, la demande est donc stable et les stocks disponibles.

Pour rappel, les pharmacies d'officine peuvent dispenser vos traitements, même lorsque la durée de validité d'une ordonnance renouvelable est expirée, jusqu'au 31 mai 2020.

Comment trouver du soutien sur Carenity ?

Carenity compte aujourd’hui des milliers de patients et proches de patients concernés par une maladie psychiatrique. Sur la plateforme, vous pouvez trouver le soutien des autres membres de la communauté. Il est important de s’entraider en particulier dans ce contexte difficile de pandémie du Covid-19. Rejoignez dès maintenant les discussions du moment !

Qui contacter en cas d’urgence psychiatrique ?

En plus des numéros verts ci-dessus, disponibles pour l’ensemble de la population, découvrez ci-dessous une liste de numéros d’aide. 

Les numéros d’aide et d’écoute :

SOS Amitié
S.O.S. Amitié offre, à tous ceux qui choisissent d’appeler, la possibilité de mettre des mots sur leur souffrance et, ainsi, de prendre le recul nécessaire pour retrouver le goût de vivre. Le site donne les numéros d’appel de chaque région et offre aussi un service d’écoute web (anonymat, confidentialité et non directivité). Numéro d’appel commun : 09 72 39 40 50

Suicide écoute
Accueil et écoute des personnes confrontées au suicide, 24h/24, 7j/7.
Numéro d’appel : 01 45 39 40 00 (prix d’un appel local) 

Écoute-famille
Cette ligne d’écoute créée par l’Unafam est destiné aux familles ayant un proche en souffrance psychique. Des psychologues conseillent et orientent les familles.
Numéro d’appel : 01 42 63 03 03 (prix d’un appel local)

Des associations peuvent également vous aider à surmonter votre trouble :

Association France-Dépression : cette association française contre la dépression et la maladie maniaco-dépressive soutient les personnes dépressives et leur entourage : groupes de parole, permanence téléphonique, conférences… Numéro d’appel : 07 84 96 88 28

L’Unafam
L’Unafam (Union nationale des amis et familles de malades psychiques) accueille, soutient les familles et défend leurs droits. L’Unafam organise des formations afin d’aider les proches confrontés à la maladie psychique. Numéro d’appel : 01 53 06 30 43 (pour obtenir le numéro de votre section départementale)

La FNAPSY
La FNAPSY (Fédération Nationale des Associations d’usagers en PSYchiatrie) regroupe 70 associations membres. Elle facilite le développement et l’entraide des associations. La FNAPSY remplit également une mission d’information vers le grand public. Standard ouvert de 9h à 13h. Numéro d’appel : 01 43 64 85 42

Schizo ?...Oui ! Faire face à la schizophrénie
Schizo-oui est une association d’usagers en santé mentale née en janvier 1998. A cette époque, seulement un schizophrène sur cinq avait connaissance de son diagnostic. Or, cette maladie touche 1% de la population toutes catégories sociales confondues. Numéro d’appel : 01 45 89 49 44

Argos2001
ARGOS 2001 représente une association de malades psychiatriques et de leurs proches et elle défend une cause encore mal connue du public et du corps médical et des autorités sanitaires et sociales : « Les troubles bipolaires ».

Collectif schizophrénies
Association déclarée, loi du 1er juillet 1901, elle rassemble toutes les personnes touchées par les schizophrénies et troubles apparentés, et toutes les associations, les proches, et autres personnes concernées par ces pathologies.

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Bon courage à tous, prenez soin de vous !

avatar Camille Dauvergne

Auteur : Camille Dauvergne, Junior Community Manager France

Etudiante en 4ème année de pharmacie, Camille participe à la rédaction d’articles du Magazine Santé et à la mise à jour des fiches maladies et médicaments... >> En savoir plus

Commentaires

Hookette
le 17/04/2020

Bonsoir Camille très bonne actualitée

TENZIG
le 17/04/2020

Merci de ces informations ô combien positives et utiles pour des personnes malades d'une dépression ou malade mentale !

fadada
le 23/04/2020

Bonjour

Oui cela doit être dur pour eux . Moi j'ai un ami comme moi cancer de la prostate , et qu'il a du mal a s'y faire , car de gros problèmes  de fuites urinaire , un mal pur avoir des érections , sexe qui a aussi rétréci ( comme moi  aussi ) etc...Tous les jours on se téléphone car mal dans sa peau . Sa femme a du mal à le supporter la journée .Je suis allé le voir hier pour lui remonter le moral . Sa femme vient de me téléphoner pour me dire qu'il allait mieux . Juste une petite visite mais en respectant les consignes et un meilleurs moral .

Faîtes de temps en temps , un petit geste  pour améliorer leur vie

A+   

Nanouchka83
le 29/04/2020

Merci beaucoup pour votre article super intéressant et tellement vrai. Je me suis reconnue, j'ai  été très perturbé pendant au moins 15j parce que mon rythme a été perturbé. Je suis bipolaire, et lorsque jai retrouvé un rythme normal, tout est rentré dans l'ordre. Cela m'a fait prendre conscience que j'étais fragile, et que métro boulot dodo était mon équilibre 

Certain
le 30/04/2020

Article très intéressant ! Merci beaucoup. Le confinement m'aura vraiment augmenté l'anxiété...et le déconfinement risque aussi d'être anxiogène. C'est terrible...Mon humeur me fait souffrir, elle fait des bonds, je n'en peux plus. 

Bonne soirée à vous.

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