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Stigmatisation de l’obésité : comment rester bienveillant(e) envers soi-même face au jugement ?

Publié le 4 mars 2026 • Par Somya Pokharna

Vivre avec l’obésité ne se résume pas à des indicateurs de santé ou à un chiffre sur la balance. Cela signifie aussi composer avec les opinions, suppositions et remarques des autres, parfois au quotidien. Cette pression sociale peut être épuisante, surtout lorsqu’elle s’invite dans des espaces censés être sécurisants, comme les consultations médicales, le travail, ou même les relations amicales et familiales.

Cet article explore comment la stigmatisation liée au poids influence la vie quotidienne, pourquoi elle peut être si douloureuse, et comment y faire face d’une manière qui préserve l’estime de soi, car personne ne mérite de vivre sous un jugement permanent.

Stigmatisation de l’obésité : comment rester bienveillant(e) envers soi-même face au jugement ?

L’obésité est une maladie chronique complexe caractérisée par un excès de masse grasse pouvant affecter la santé. Elle est influencée par de nombreux facteurs : génétique, hormones, traitements médicamenteux, sommeil, stress, environnement, accès à l’alimentation et conditions sociales.

Ce n’est pas simplement une question de volonté ou de « bons choix ».

À quoi ressemble la stigmatisation liée au poids au quotidien ?

La stigmatisation du poids peut être flagrante, mais elle peut aussi être subtile et facilement minimisée par les autres. Pour la personne concernée, l’impact est souvent le même.

Cela peut prendre la forme de :

  • Remarques ou blagues sur le corps, l’appétit ou le « manque de discipline »
  • Conseils non sollicités présentés comme bienveillants : « As-tu essayé d’arrêter les glucides ? » ou « Je dis ça pour ta santé. »
  • Suppositions selon lesquelles la personne serait paresseuse, en mauvaise santé ou moins compétente
  • Exclusion sociale (dans les relations amoureuses, amicales ou certaines activités)
  • « Compliments » ambigus : « Tu as un si joli visage » ou « Tu serais magnifique avec quelques kilos en moins »
  • Obstacles matériels : sièges trop étroits, espaces inadaptés, vêtements en tailles limitées, matériel médical inconfortable

Si cela vous parle, il est normal que cela fasse mal. Le besoin d’appartenance et de sécurité est fondamental. Lorsque l’on se sent mis à l’écart, le système nerveux le perçoit.

Pourquoi le poids est-il si souvent jugé ?

Dans de nombreuses sociétés, le poids est présenté comme entièrement contrôlable et donc comme un reflet du caractère. Si le poids est perçu comme le simple résultat de choix individuels, il devient facile d’y associer la culpabilité.

Pourtant, l’obésité est influencée par des facteurs souvent invisibles : biologie, régulation de l’appétit, hormones, médicaments, stress chronique, traumatismes, douleur, handicap, troubles du sommeil, accès à l’alimentation, situation financière, etc.

Deux personnes peuvent avoir des habitudes similaires et des corps très différents.

Il ne s’agit pas de nier l’importance de la santé, mais de remplacer la honte par des faits. La honte n’est pas un traitement, et la stigmatisation n’est pas une stratégie de santé publique.

Impact sur la santé mentale, l’identité et les relations

La stigmatisation ne se limite pas à un moment désagréable : elle peut transformer la manière dont une personne se perçoit et interagit avec le monde.

Sur le plan émotionnel, cela peut entraîner :

  • Honte, tristesse, colère ou anxiété
  • Sentiment d’être observé ou jugé en public
  • Impression persistante de « ne pas être assez »
  • Baisse de l’estime de soi ou sentiment d’impuissance

Avec le temps, certaines personnes commencent à se voir à travers le regard supposé des autres. Elles anticipent le rejet, évitent certaines situations ou craignent que leur corps soit « exposé ».

Les relations peuvent aussi être affectées :

  • Éviter les rencontres amoureuses ou l’intimité
  • S’éloigner d’amis par fatigue ou gêne
  • Avoir du mal à accepter les compliments
  • Chercher à plaire excessivement pour compenser

Ce ne sont pas des signes de faiblesse. La stigmatisation vise le sentiment d’appartenance, et celui-ci est essentiel.

Impact sur les comportements de santé et les soins

La stigmatisation peut éloigner des comportements bénéfiques pour la santé.

Certaines personnes évitent les salles de sport, les activités sociales, les voyages ou même les rendez-vous médicaux par crainte du jugement.

La honte peut aussi influencer les comportements alimentaires : alimentation émotionnelle, crises de boulimie, régimes stricts ou restrictifs. Ce sont souvent des mécanismes d’adaptation face à la détresse, et non des échecs personnels.

Dans le parcours de soins, des personnes vivant avec l’obésité rapportent :

  • Se sentir ignorées ou non prises au sérieux
  • Voir tous leurs symptômes attribués uniquement au poids
  • Être sermonnées plutôt qu’écoutées
  • Retarder des soins par peur de l’humiliation

Chacun mérite des soins respectueux, centrés sur la personne dans sa globalité.

Qu’est-ce que l’auto-stigmatisation du poids ?

Lorsque les messages négatifs sont répétés, ils peuvent devenir une voix intérieure. On parle alors de biais internalisé lié au poids.

Cela peut se traduire par :

  • Un discours intérieur dur et culpabilisant
  • L’évitement des miroirs, photos ou vêtements
  • L’annulation de projets par honte
  • Le sentiment de ne pas mériter soins, plaisir ou repos
  • L’activité physique vécue comme punition

L’objectif n’est pas de forcer la confiance en soi, mais d’avancer vers la neutralité corporelle et le respect de soi. Chacun mérite dignité et considération.

Comment faire face à la stigmatisation ?

Faire face ne signifie pas accepter les mauvais traitements, mais protéger son bien-être.

Préparer des réponses aux commentaires

Quelques phrases simples peuvent aider :

  • « Je ne souhaite pas parler de mon corps. »
  • « Je comprends ton intention, mais ce n’est pas aidant pour moi. »
  • « Je me concentre sur mon bien-être, pas sur mon poids. »
  • « Merci de ne pas commenter mon alimentation ou mon corps. »

Fixer des limites n’est pas impoli : c’est protecteur.

Apaiser la voix intérieure

Remplacer :
« Je suis nul(le) » par « Je traverse un moment difficile et je mérite du soutien. »
« Tout le monde me juge » par « Certaines personnes jugent, mais cela ne définit pas ma valeur. »

Se demander : « Que dirais-je à quelqu’un que j’aime dans cette situation ? »

Protéger son environnement

Choisir des contenus et espaces plus bienveillants :

  • Filtrer les réseaux sociaux
  • Porter des vêtements confortables
  • Choisir des activités physiques inclusives

Repenser la relation au corps

Plutôt que « Comment corriger mon corps ? », se demander :
« De quoi ai-je besoin aujourd’hui pour me sentir plus stable ? »

Cela peut inclure :

  • Sommeil régulier
  • Gestion de la douleur ou de la fatigue
  • Soutien digestif
  • Régulation du stress
  • Activité physique bénéfique pour l’humeur

La santé peut être un objectif, sans passer par la honte.

Trouver un soutien respectueux

Le soutien peut réduire le sentiment d’isolement :

  • Un proche à l’écoute
  • Des groupes de pairs
  • Un accompagnement psychologique

Si le parcours médical a été difficile, il peut aider de :

  • Préparer ses questions à l’avance
  • Venir accompagné
  • Chercher des professionnels pratiquant une approche inclusive

Vous méritez d’être pris au sérieux.

Comment les proches peuvent-ils aider ?

Le soutien commence par l’écoute.

Approches utiles :

  • « As-tu besoin de conseils ou simplement d’être écouté(e) ? »
  • Éviter les compliments centrés sur le poids
  • Ne pas commenter l’alimentation
  • Valider l’expérience : « Cela semble douloureux. »

Être cru(e) peut être profondément réparateur.

Points clés à retenir

  • La stigmatisation liée au poids est fréquente et a un impact réel sur la santé mentale et le parcours de soins.
  • Être affecté(e) par cette stigmatisation est une réaction humaine normale.
  • Faire face peut passer par des limites claires, un discours intérieur plus bienveillant et un environnement plus sûr.
  • Le bien-être ne dépend pas uniquement d’une perte de poids.
  • Chacun mérite respect, soins compassionnels et sentiment d’appartenance.

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Sources:
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Nield, L., Oluwasina, I., & Snook, J. (2025). Living with obesity discrimination in the workplace: agenda for change?. People, Place and Policy Online19(1), 35-58.
Papadopoulos, S., & Brennan, L. (2015). Correlates of weight stigma in adults with overweight and obesity: A systematic literature review. Obesity23(9), 1743-1760.
Pearl, R. L., & Lebowitz, M. S. (2014). Beyond personal responsibility: Effects of causal attributions for overweight and obesity on weight-related beliefs, stigma, and policy support. Psychology & health29(10), 1176-1191.
Puhl, R. M., Luedicke, J., & Heuer, C. A. (2013). The stigmatizing effect of visual media portrayals of obese persons on public attitudes: does race or gender matter?. Journal of Health Communication18(7), 805-826.
Puhl, R. M., Phelan, S. M., Nadglowski, J., & Kyle, T. K. (2016). Overcoming weight bias in the management of patients with diabetes and obesity. Clinical Diabetes34(1), 44-50.
Ramos Salas, X., Forhan, M., Caulfield, T., Sharma, A. M., & Raine, K. D. (2019). Addressing internalized weight bias and changing damaged social identities for people living with obesity. Frontiers in psychology10, 442296.
Ratcliffe, D., & Ellison, N. (2015). Obesity and internalized weight stigma: A formulation model for an emerging psychological problem. Behavioural and cognitive psychotherapy43(2), 239-252.
Spahlholz, J., Baer, N., König, H. H., Riedel‐Heller, S. G., & Luck‐Sikorski, C. (2016). Obesity and discrimination–a systematic review and meta‐analysis of observational studies. Obesity reviews17(1), 43-55.

avatar Somya Pokharna

Auteur : Somya Pokharna, Rédactrice santé

Somya est créatrice de contenu chez Carenity, spécialisée dans la rédaction d'articles sur la santé. Elle est diplômée d'un master à l'école de... >> En savoir plus

2 commentaires


LuneBleue21
le 04/03/2026

cet article est particulièrement percutant.

j'ai l'impression qu'il parle de moi, de mes expériences douloureuses. d'ailleurs il m'a donné envie de pleurer, signe que je souffre toujours de la stigmatisation du poids sur ma vie, même si je m'accepte mieux.

j'irai plus loin que l'article, la société commets des agressions verbales envers les gros, je suis désolée obèse, ça ne passe pas. c'est un racisme quotidien, validé par la plupart des gens et même encouragé. après pour se dédouaner il y a une publicité avec une femme ronde a la télé.

je sais que le monde est rempli d'idiots mais dans la médecine, c'est inacceptable ! j'ai rarement rencontré un médecin qui ne me parles pas de mon poids alors que la consultation était pour tout autre chose, et d'une manière agressive et culpabilisante. a 62 ans, je réussi a répondre de la même manière au médecin, généralement ils arrêtent mais ils sont vexés qu'on mette en doute leur super connaissances.

étant dépressive sévère, je ne fais plus certaines consultations, juste pour éviter les remarques totalement déplacées. j'avoue ne pas aller chez des médecins pour certains problèmes a cause de ça. heureusement ma généraliste est top. et je tiens a préciser que je fais 85kg,

je n'ose imaginer la vie des personnes plus fortes. les habits c'est sur internet, je fais des économies, aucun magasin dans ma ville n'a ma taille (48/50 car j'ai beaucoup de poitrine et que je ne supporte pas d'être boudinée).

quand on est gros, on ne sait jamais a quel moment de la journée on peut se prendre une réflexion désobligeante par quelqu'un a qui on a rien demandé.


aquarella
le 04/03/2026

oui, des réflexions j'en ai eu même quand j'étais juste ronde, gamine on m'appelait "Mammouth écrase les prix" ou Bibendum" et je faisais 1,71 pour 70 kg je n'étais pas "énorme" non plus, donc je me croyais grosse, j'ai fais 50 régimes, c'est bien simple de 20 ans à 61 ans j'ai perdu et repris 135 kg à peu près, Je me suis battue contre mon corps presque toute ma vie, les psychotropes m(ont fait prendre 60 kg, et franchement j'en ai marre de me battre

Une réflexion sur le plage et je me suis interdite de me baigner pendant 15 ans, "si j'étais grosse comme elle, je n'irais pas à la plage" je faisais 117 kg à l'époque, j'adorais danser le rock et j'invitais les danseurs puisque au cours de rock il y a plus de femmes que d'hommes aux soirées des écoles il faut les inviter ou sinon on ne danse pas de la soirée, ça demande un effort quand on est obèse, mais je le faisais jusqu'au jour ou à une soirée 3 danseurs ont refusés de danser avec moi, donc je n'allais plus aux soirées de cette école mais en province il n'y en a pas 50, je dansais le rock et le swing une fois par an à une festival, maintenant j'ai déménagé et je n'arrive pas à aller à une soirée d'école, je voudrais maigrir avant pour ça, donc oui, les réflexions des gens leurs regards sont destructeurs et eux ils trouvent ça normal de nous détruire c'est soit disant pour notre bien, pour notre santé alors que jamais ils ne se priveraient comme je le fais, sans gluten, sans lait et sans sucre, j'ai guéri du diabète de l'arthrose des migraines de l'hypertension, mais ça ils ne me croient pas, ils pensent que je mens parce que je suis toujours en obésité morbide, tant pis, c'est pour leur santé qu'ils font.

Mon père m'a dit "maigris pour tes enfants, car ils ont honte de toi" alors que mes enfants n'ont jamais eu honte, ils croyaient que de me dire ça, ça me motiverait, vraiment tordu mon père, ma mère a commencé à me mettre au régime à 10 ans mais c'était pour mettre toute la maison au régime mais elle n'a jamais réussi, heureusement quelque part

Pour les examens médicaux j'ai eu aussi droit à des réflexions, pour une radio des poumons il a été dire qu'on voyait rien à la radio parce que j'étais grosse, que la graisse cachait tout, ma généraliste m'a dit que c'était un incompétent qui rejetais sa faute sur moi et elle déconseillera ce radiologue, ça m'a fait du bien qu'elle me dise ça, pour un autre examen l'échographie pour voir un caillou dans le rein, rebelotte il appuyait fort en râlant que j'avais trop de graisse que ça servait à rien, bref vraiment pas sympa le type, une gynéco j'avais un problème de règle hémorragique en continue, mon record 6 mois, je lui explique qu'on ne veut pas m'enlever l'utérus par peur d'une descente d'organe et au moment de sortir de son cabinet, devant sa salle d'attente pleine elle me dit "de toute façon, si on ne veut pas vous opérer c'est parce qu'ils ont peur que vous mourriez sur la table d'opération parce que vous être en obésité morbide" j'ai été tellement choqué qu'elle m'humilie devant tout le monde comme ça que je n'ai pas eu l'idée de lui répondre que dans cette clinique ils faisaient de la chirurgie bariatique et qu'ils en avaient opérée des bien plus obèse que moi, j'en ai 50 anecdotes de ce genre, du coup quand je vois des spécialistes, j'avoue que j'ai un peu peur de tomber encore sur des médecins comme ça et je peut même des mois pour prendre rendez vous, en sachant qu'il y a en plus des délais de 6 mois, je peut passer un examen un an après parfois et si ça continue je dirais à ma généraliste que je ne veut plus d'examen pour éviter les réflexions méchantes qui me détruisent

C'est vrai que je ne me vois plus dans la glace de la salle de bain, je ne me supporte pas en photo ou en film, ça me détruit de me voir comme je suis, et encore j'ai de la chance parce que mon amoureux m'aime comme je suis et me le montre, même ici j'ai eu droit à une réflexion d'un malade en MP, il supportais pas que je lui conseille d'arrêter les produits laitiers alors il m'a répondu "tu es grosse parce que tu fais pas de sport, remue toi et tu maigriras" pauvre type je lui souhaite de grossir avec des médocs pour qu'il comprenne que c'est pas aussi simple que ça

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