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Interview d'expert : voyager malgré le handicap grâce à un accompagnant

14 janv. 2020

Voyager près de chez soi ou à l'autre bout du monde, un doux rêve souvent inaccessible pour de nombreux patients que le handicap empêche d'être autonomes. Pourtant, des personnes comme Pascale Crahay sont disponibles pour accompagner les patients en voyage, sans qu'ils aient à solliciter l'aide de leurs proches. Coût, procédé, résultats... Explications.

Interview d'expert : voyager malgré le handicap grâce à un accompagnant

Bonjour Pascale, merci de répondre à nos questions. Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ? 

Je suis une kinésithérapeute en reconversion et j’accompagne les personnes à mobilité réduite en voyage individuel (ou en couple). Je suis patiente, attentionnée et j’adore organiser et faire les voyages, aider et rencontrer les autres, ça me plait ! J’ai choisi ce métier car il fait du bien pour tout le monde. Je suis également bénévole dans deux associations d’aveugles AVH (randonnée, tandem et céramique sont au programme de mes interventions), ainsi que dans une association d’autistes (aide à la randonnée).

pascale crahay

Depuis quand officiez-vous en tant qu’accompagnatrice de voyage ? 

Depuis 2019. J’ai fait 3 accompagnements longs (Pyrénées, Île-de-Ré, Calanques), ainsi que des journées dans ma région. J’ai plusieurs projets en cours pour cet été et l’automne prochain, dont une randonnée en vélo tandem avec une équipée de 3 voyants et 3 non voyants pour un séjour d’une semaine le long de la Loire en mai prochain. J’organise cela avec un ami aveugle de Lille, Antoine. Nous voulons prouver qu’il est possible de sortir et de partir à l’aventure même avec un handicap. C’est toujours pareil : si le programme est bien repéré, alors aucun souci ! De manière générale, les demandes commencent à arriver pour cet été.

Nous serons également présents sur le festival du film Handi à Lyon début février et au festival Le relais des voyageurs en mars à Namur, en Belgique !

Est-ce un métier agréé par un organisme ou reconnu par un diplôme ? 

Non, il n'y a pas de diplôme précis actuellement mais personnellement, j’ai un diplôme en kinésithérapie et une expérience en soins à domicile, ce qui me font une bonne base pour ce nouveau métier. Souvent, les accompagnateurs ont un diplôme en paramédical : kiné, assistante de vie, infirmière, aide médico-sociale, etc.

Quels patients peuvent faire appel à vous ? 

J’accompagne tous les handicaps, qu'ils soient physiques ou mentaux.

Comment se déroule un voyage, du devis au départ ?

- Prise de contact pour savoir ce que veut la personne accompagnée : où aller, quand, comment ? J’aide bénévolement pour la réalisation du voyage, en tenant compte de tous les éléments fournis.

- Réalisation d'un devis pour mon intervention : je demande de remplir un formulaire pour les besoins (très précis avec tous les postes d’aides possibles). On définit le rôle que je vais avoir, les missions à faire par moi ou pas . Par exemple, la toilette et les soins sont souvent faits par une infirmière qui se rend sur place ; je demande alors une prescription médicale pour que les soins du patient soient faits sur le lieu de vacances sans que cela ne coûte rien de plus au patient. Le mode de transport est également discuté (location de voiture ou pas, train...)

- Le paiement se fait par les chèques Cesu, nous faisons un contrat entre nous.

- Je demande une assurance en plus (environ 30 euros) pour un rapatriement en cas de souci pour moi ou pour la personne accompagnée.

- On réalise avant le départ un petit bilan de tous les frais à engager ; la personne accompagnée paye un acompte pour confirmer le voyage (50%).

- C’est le patient qui s’occupe de payer les acomptes pour les gîtes, de prendre les billets de train, etc. Je ne prends aucune commission sur l’organisation (contrairement aux agences de voyage) mais il faut savoir que la personne accompagnée paye les frais d’hébergement, de transport et de nourriture de l’accompagnatrice, tout ceci est bien clair entre nous.

Quelles missions effectuez-vous sur place ? 

Le matin, je m'occupe du lever de la personne, habillage si besoin, préparation du petit-déjeuner et aide aux repas si besoin. Ensuite, nous pouvons partir en véhicule adapté pour une visite ou une sortie nature. Repas du midi : restaurant, pic-nic, au gite... Activité l’après-midi accompagnée aussi, ensuite préparation du repas du soir, aide pour le repas et le coucher. Je vous dis cela mais c’est très variable selon les personnes, je m’adapte aux demandes (raisonnables) en fonction de chacun. Certains aiment bouger tous les jours, d’autres aiment faire une sieste, d’autres préfèrent sortir uniquement l’après-midi… Je m’octroie généralement une petite pause, quand c’est possible, d’une heure dans l’après-midi selon l’emploi du temps prévu entre nous.  Je m’occupe aussi de faire de jolies photos, qui sont offertes en fin de voyage . 

Lesquelles n’êtes-vous pas en revanche habilitée à effectuer ? 

Je ne fais aucun soin, ni sondage. Les actes infirmiers sont réalisés par une infirmière sur place (ainsi que la toilette pour les personnes trop lourdement handicapées, avec une prescription médicale).

Quelles relations entretenez-vous avec les personnes que vous accompagnez ?

Cela dépend de chacun et encore une fois, je m'adapte. Certaines aiment me tutoyer et d’autres préfèrent me vouvoyer. Généralement, cela vient tout seul, on se comprend sur la place à avoir car nous discutons beaucoup avant le voyage, par mail et par téléphone.

Quel est votre plus beau souvenir d’un voyage que vous avez effectué ?

Les sorties le soir en bord de mer avec une dame qui savait que ce serait son dernier voyage, et ses remerciements chaleureux en fin de voyage. Elle est décédée un mois après son retour ; nous avons vécu un très beau voyage "final", je suis très contente d’avoir pu lui offrir cela.

À l’inverse, est-ce que vous avez déjà vécu un désagrément durant un voyage ?

Non, pas vraiment, car on trouve toujours une solution en discutant honnêtement entre nous. Par exemple, une nuit de camping avait été réservé par une patiente. Je ne connaissais pas le lieu, et nous avons découvert qu'il n'était pas vraiment adapté, malgré les dires du camping. Nous avons donc fait une nuit à l'hôtel à la place. Tout s'est réorganisé facilement, nous nous sommes très bien adaptées à ce changement.

Quels avantages y-a-t-il pour les patients à passer par vous plutôt qu’à faire appel à leurs proches ?

Les personnes que j’accompagne souhaitent faire un voyage pour elles seules, sans avoir à demander de l’aide à leurs proches comme le reste de l’année. Elles en profitent pour changer d’environnement et changer d’air… Parfois, les proches ne peuvent pas faire tout ce que je fais durant le séjour car je fais à moi toute seule le travail de plusieurs aides (je remplace les différentes personnes qui viendraient à leur domicile, proches et auxiliaires de vie). Mes journées sont bien remplies ! Cela reste également beaucoup moins cher que de passer par une agence qui organise tout .

Un conseil pour un patient qui hésiterait à partir en voyage à cause de son handicap ? 

On trouve toujours une solution et on envisage un voyage ensemble en fonction de chacun. Il ne faut pas “faire comme les autres”, mais en fonction de ce qu’on a envie de découvrir et de ce qu’on est capable de faire. Ensuite, on construit un projet adapté à chacun. Tout est bien prévu avant le voyage, cela évite le stress et on peut ainsi bien profiter de ses vacances ! Allez, go go go, tous en voyage (enfin pour ceux qui aiment bien sûr) ! Au plaisir de vous rencontrer pour de nouvelles aventures. 

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Merci beaucoup à Pascale Crahay d'avoir présenté son métier ! Vous pouvez la retrouver sur son site Handiescales en cliquant ici. Comptez entre 100 euros à 200 euros par jour pour ce service (200 euros pour des personnes tétraplégiques qui ont besoin de quelqu'un 24h/24).

Vous pouvez également découvrir Anaé, une association qui propose des séjours adaptés aux personnes en situation de handicap ; le blog du "voyage accessible en fauteuil roulant", Handilol, tenu par deux frères ; ou encore notre article "Comment voyager avec un handicap" qui comprend d'autres adresses utiles.

Carenity n'est pas partenaire de Pascale Crahay et ne se porte pas garant de ses services. Cette interview vise avant tout à présenter ce métier à nos lecteurs.

avatar Louise Bollecker

Auteur : Louise Bollecker, Community Manager France & Content Manager

Community Manager de Carenity en France, Louise est également rédactrice en chef du Magazine Santé pour proposer des articles, vidéos et témoignages centrés sur le vécu des patients et qui portent leur voix. Forte d'une formation pluridisciplinaire axée sur le journalisme, elle coordonne la rédaction des contenus des plateformes Carenity et facilite l'expérience des membres sur le site.

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