Migraine au travail : comment faire face sans s’épuiser ?
Publié le 27 févr. 2026 • Par Somya Pokharna
Essayer de traverser une journée de travail « normale » en gérant des symptômes de migraine peut donner l’impression de devoir fonctionner à plein régime avec un système nerveux surchargé. Il y a la douleur, bien sûr, mais aussi le brouillard mental, la sensibilité à la lumière, les nausées, les vertiges, les effets résiduels le lendemain, et cette question constante : « Est-ce que ça va empirer si je continue ? »
Lorsque la migraine est fréquente, elle peut influencer les décisions liées aux réunions, aux délais, aux trajets domicile-travail, voire à l’orientation professionnelle.
Cet article n’a pas pour objectif de tirer davantage de productivité d’un corps en souffrance. Il vise plutôt à expliquer comment préserver sa qualité de vie tout en travaillant, grâce à des stratégies qui réduisent l’impact des crises, limitent la culpabilité et rendent le quotidien professionnel plus soutenable.
La migraine est une maladie neurologique, et non « juste un mal de tête ». Les crises peuvent provoquer une douleur modérée à intense, accompagnée de nausées, vomissements, sensibilité à la lumière et au bruit, vertiges, brouillard mental. Certaines personnes présentent également une aura migraineuse.
La migraine peut perturber le fonctionnement quotidien avant, pendant et après une crise.
Comment la migraine impacte-t-elle le travail ?
La migraine affecte la productivité professionnelle de deux grandes façons.
La première est visible : absences, arrêts maladie, départs anticipés.
La seconde est souvent invisible : être présent au travail, mais fonctionner à capacité réduite.
Les chercheurs distinguent deux situations : l’absentéisme, quand on doit s’absenter du travail à cause d’une migraine, et le présentéisme, quand on est physiquement présent, mais incapable de travailler à son niveau habituel.
Le présentéisme est souvent invisible. Il peut être très fatigant et donner l’impression aux autres que la personne manque d’implication, alors qu’en réalité, elle fait de son mieux pour gérer ses symptômes tout en restant à son poste.
Les pertes de productivité liées à la migraine sont souvent davantage dues au présentéisme qu’aux absences.
À cela s’ajoute une charge mentale importante : surveiller les déclencheurs, gérer la prise des médicaments, anticiper le regard des autres, et tenter de « paraître en forme » pour éviter les questions.
Quel impact sur la carrière, les revenus et la stabilité professionnelle ?
La migraine touche souvent les personnes en pleine période d’activité professionnelle, ce qui peut accentuer le sentiment d’injustice.
Certaines personnes réduisent leur temps de travail, changent de poste, renoncent à des promotions ou déclinent des opportunités en raison de l’imprévisibilité des crises.
La fréquence des migraines joue un rôle majeur. Une grande étude américaine a montré que les personnes souffrant de migraine chronique étaient moins susceptibles d’occuper un emploi rémunéré et perdaient beaucoup plus d’heures de travail par semaine que celles ayant des migraines peu fréquentes.
Un petit groupe de patients avec migraines très fréquentes représente une part disproportionnée du temps de travail perdu.
À l’inverse, un nombre plus élevé de jours sans migraine est associé à un handicap réduit et à moins d’absences professionnelles et domestiques.
Si le travail semble constamment menacé à cause de la migraine, ce n’est pas une faiblesse personnelle : c’est une conséquence prévisible d’une maladie neurologique potentiellement invalidante et imprévisible.
Le travail peut-il aggraver la migraine ?
Oui. Beaucoup de personnes ont l’impression d’être prises dans un cercle vicieux : la migraine perturbe le travail, puis les conditions de travail augmentent le risque de crise.
Parmi les facteurs aggravants fréquents :
- Manque ou irrégularité de sommeil
- Repas sautés, déshydratation, variations de caféine
- Stress, surcharge cognitive, conflits, réunions prolongées
- Écrans, éblouissements, éclairage agressif
- Bruit, odeurs fortes, mauvaise qualité de l’air
- Longs trajets et difficulté à respecter les horaires de traitement
Éviter parfaitement les déclencheurs est rarement possible. L’objectif devient alors de réduire l’exposition, anticiper les jours de crise et aménager un environnement de travail plus soutenable.
Pourquoi la migraine au travail est-elle mal comprise ?
La migraine est souvent invisible, ce qui crée un double fardeau : souffrir et devoir prouver que la souffrance est réelle. Cette invisibilité alimente la stigmatisation et le doute.
Le choix de parler de sa migraine au travail est complexe. Certaines personnes préfèrent ne rien dire par peur d’être jugées ou perçues comme peu fiables. D’autres choisissent d’en parler pour obtenir des aménagements indispensables à leur maintien dans l’emploi.
Il n’existe pas de solution universelle : la meilleure décision est celle qui protège la santé, les revenus et l’équilibre émotionnel.
Quels aménagements professionnels peuvent réellement aider ?
De petits ajustements peuvent faire une grande différence. Les aménagements ne sont pas des privilèges, mais des mesures concrètes pour réduire les crises et préserver l’énergie.
Lumière et écrans
- Réduire la luminosité et les reflets
- Utiliser des filtres anti-lumière bleue si utiles
- Éviter les postes directement sous des lumières agressives
- Intégrer de courtes pauses visuelles
Bruit et surcharge sensorielle
- Accès à un espace calme
- Limiter les réunions consécutives
- Solutions de réduction du bruit si possible
Air et odeurs
- Meilleure ventilation
- Limiter les parfums dans les espaces partagés
Flexibilité
- Horaires adaptés après une crise nocturne
- Pauses protégées pour médicaments, hydratation, repos
- Télétravail en cas de crise si possible
Organisation du travail
- Priorités claires
- Moins d’urgences de dernière minute
- Compte-rendu écrit après réunion
- Réduction du multitâche
Formuler la demande comme une manière de prévenir les crises et assurer une performance stable peut faciliter le dialogue.
Comment mieux vivre la migraine au travail au quotidien ?
L’objectif n’est pas de « faire plus », mais de souffrir moins.
Mettre en place un rythme adapté
- Alimentation, hydratation et sommeil font partie intégrante du traitement.
- Intégrer de micro-pauses pour apaiser le système nerveux.
- Programmer les tâches complexes aux moments les plus favorables de la journée.
Prévoir un plan en cas de crise
- Un kit simple (eau, collation, lunettes de soleil, médicaments prescrits).
Un message prêt à envoyer en cas de journée difficile.
Des tâches légères prévues pour les jours avec brouillard mental.
Adapter son discours intérieur
Remplacer :
- « Je suis inefficace » par « Mon cerveau traverse une crise neurologique ».
- « Je devrais faire plus » par « Je fais ce que je peux aujourd’hui ».
Éviter la surcompensation
Travailler excessivement les « bons jours » peut aggraver la fatigue et favoriser une nouvelle crise.
Quand consulter ou en parler au travail ?
Si les migraines deviennent plus fréquentes, plus intenses ou menacent l’emploi, il est important d’en parler à un professionnel de santé.
Un plus grand nombre de jours sans migraine est associé à une meilleure qualité de vie et à moins d’absences.
Chercher un soutien est particulièrement important si :
- Les crises augmentent
- L’usage des médicaments s’intensifie
- L’anxiété ou l’épuisement professionnel s’installent
- Le travail est compromis
Points clés à retenir
- La migraine impacte le travail par l’absentéisme et le présentéisme.
- Les conditions de travail peuvent aggraver les crises.
- De petits aménagements peuvent réduire la fréquence et l’intensité des migraines.
- Un plan en cas de crise aide à réduire l’anxiété et à préserver l’énergie.
- L’objectif n’est pas la performance maximale, mais une vie professionnelle plus soutenable.
- En cas de migraine fréquente ou invalidante, un accompagnement médical structuré est essentiel.
Sources:
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Lipton, R. B., Lee, L., Saikali, N. P., Bell, J., & Cohen, J. M. (2020). Effect of headache-free days on disability, productivity, quality of life, and costs among individuals with migraine. Journal of Managed Care & Specialty Pharmacy, 26(10), 1344-1352.
Riggins, N., & Paris, L. (2022). Legal aspects of migraine in the workplace. Current Pain and Headache Reports, 26(12), 863-869.
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Stewart, W. F., Wood, G. C., Manack, A., Varon, S. F., Buse, D. C., & Lipton, R. B. (2010). Employment and work impact of chronic migraine and episodic migraine. Journal of occupational and environmental medicine, 52(1), 8-14.
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