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Coronavirus et maladies rénales

24 avr. 2020 • 3 commentaires

Les maladies rénales sont loin d’être des pathologies rares, en effet près d’un français sur dix est touché par une maladie qui touche le rein. Ces maladies rénales peuvent conduire à une détérioration graduelle et irréversible de la capacité des reins à filtrer le sang et à excréter certaines hormones, on parle d’insuffisance rénale. Lorsque l’insuffisance rénale est terminale, il est nécessaire d’avoir recours à la dialyse (technique médicale qui permet de nettoyer le sang) ou à la greffe de rein.

Dans le cadre de l’épidémie de Covid-19, les patients atteints d’insuffisance rénale sous dialyse ou ayant bénéficié d’une greffe de rein sont considérés par le Haut Conseil de Santé Publique comme des personnes à risque de développer une forme grave d’infection à SARS-CoV-2 (coronavirus).

Le risque est-il le même pour toutes les maladies rénales ? Les traitements rendent-ils plus sensible au virus ? Quelles précautions prendre quand on se rend au centre de dialyse ou à l'hôpital ? On répond à vos questions !

Coronavirus et maladies rénales

J’ai une insuffisance rénale et j’ai été testé positif au COVID-19, y a-t-il un risque de complication ?

En France, 3 millions de personnes sont atteintes d’insuffisance rénale. Selon le Professeur Arnaud Méjean, chirurgien urologue à l'hôpital européen Georges-Pompidou, il est important de considérer le stade de l’insuffisance rénale pour définir le risque de complication au COVID-19.

Pour rappel, la gravité de l’insuffisance rénale est déterminée par la valeur du Débit de Filtration Glomérulaire (DFG).

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Source : Haute Autorité de Santé

Si votre DFG est supérieur à 45 mL/min/1,73 m², donc que vous présentez une insuffisance rénale légère à modérée, le risque n’est pas plus important que pour la population générale.

Cependant, selon le Pr Méjean, le risque de complications est très augmenté si vous présentez une insuffisance rénale terminale (DFG < 15 mL/min/1,73 m²) ou transplantés et que vous êtes positif au COVID-19.

En cas de dialyse le risque est plus important en raison notamment de l’exposition répétée des patients (plusieurs fois par semaine) pour se rendre à la séance ainsi que sur place dans le centre de dialyse. Il est donc important de respecter les gestes barrières, être en mesure d’identifier les symptômes du Covid-19 pour alerter l’équipe soignante en cas de suspicion, éviter les collations et l’alimentation pendant les séances.

Quels risques en cas d'insuffisance rénale aigüe ?

Le risque se situe davantage au niveau de la prise en charge des patients que de la physiopathologie de l’insuffisance rénale. En effet, le Professeur Méjean ainsi que beaucoup d’autres médecins des secteurs hospitalier et libéral, s’inquiètent du fait que beaucoup de malades qui souffrent d’une maladie aiguë (caractérisée par une apparition brutale, une évolution rapide sur une courte durée), dont l’insuffisance rénale aiguë, ne se présentent plus aux urgences par peur de contracter le COVID-19. Ces médecins redoutent une explosion des complications de pathologies aiguës dues à un retard de prise en charge de ces patients après la crise du coronavirus.

Le Pr Méjean rappelle donc à tous les patients, que malgré le risque de contracter le COVID-19 à l’hôpital, aucune pathologie ne doit être négligée ! Les patients doivent continuer à consulter leur médecin traitant, les Centres Hospitalo-Universitaires et les centres hospitaliers dans le cadre de leur maladie chronique et en cas de complication aiguë. S’il y a urgence, que ce soit pour les symptômes du COVID-19 ou tout autre symptôme, vous devez contacter le 15 !

Mes traitements pour l’insuffisance rénale me rendent-ils plus sensible au virus ?

Les traitements de l’insuffisance rénale correspondent aux traitements de la pathologie qui a causé l’insuffisance rénale. Environ 50% des insuffisances rénales sévères sont dues au diabète ou à l’hypertension artérielle, mais il existe d’autres facteurs comme l’évolution d’une pyélonéphrite compliquée, la polykystose rénale ou encore des mécanismes dégénératifs.

Si vous présentez des comorbidités (pathologies associées à votre insuffisance rénale) comme le diabète ou l’hypertension artérielle, qui sont des facteurs de risque de développer une forme grave du COVID-19, il est particulièrement important de suivre correctement votre traitement chronique, afin de les stabiliser. En aucun cas vous ne devez arrêter ou modifier vos traitements sans l’avis de votre médecin traitant, au risque de déstabiliser votre état sans vous protéger des complications du COVID-19.

Ce ne sont donc pas les traitements qui vous rendent plus sensibles au virus, mais les comorbidités lorsqu’elles ne sont pas correctement stabilisées par un traitement.

Pourquoi le risque est-il plus important si je suis greffé et sous traitement anti-rejet ?

La transplantation rénale concerne environ 38 000 personnes en France. Lorsque vous subissez une greffe de rein il est nécessaire de prendre un traitement immunosuppresseur (anti-rejet) à vie, comme NEORAL, PROGRAF, ADVAGRAF ou encore IMUREL. Ils sont souvent associés à des corticoïdes comme la Prednisolone. Ces traitements permettent d’éviter le rejet du greffon en diminuant vos défenses immunitaires. Vous êtes donc bien plus affaibli sur le plan immunitaire que sans ces traitements, ce qui vous rend plus fragile face aux infections. Cela vous expose donc à un risque plus important de développer des complications suite à une infection par le SARS-CoV-2 (coronavirus). 

Bien que le respect des gestes barrières est naturellement recommandé en cas de greffe, il l’est d’autant plus dans le contexte actuel, et il convient de respecter un confinement strict pour vous protéger.

Comment se fait-il que mon intervention pour une greffe de rein ait été annulée ? Ce n’est pas une urgence ?

Lundi 16 mars, les responsables des équipes de greffe françaises ont décidé de suspendre les activités de greffe rénale de donneurs décédés et de donneurs vivants, en raison de la crise du coronavirus.

Le Professeur Méjean explique qu’il est possible de reporter une intervention de greffe rénale grâce à la prise en charge par dialyse des patients nécessitant une greffe. En effet, plus de 50% des patients qui ont une insuffisance rénale terminale sont traités par dialyse et 45% ont une greffe. Donc plus de la moitié des patients en insuffisance rénale terminale sont traités par dialyse, qui permet une prise en charge efficace. 

Il existe deux types de dialyse :

  • L’hémodialyse : au rythme de 4h, trois fois par semaine. Cette technique permet d’épurer le sang au travers d’un filtre et se réalise dans un centre de dialyse.
  • La dialyse péritonéale : elle peut être pratiquée à domicile, et doit être réalisée quotidiennement.

L’annulation ou bien le report d’une intervention chirurgicale en raison du COVID-19 est une décision collégiale éclairée et justifiée, qui a pour but de libérer des places hospitalières pour la prise en charge des urgences. Toutes les interventions considérées comme urgentes et vitales par votre équipe médicale sont maintenues.

Comment effectuer mon suivi médical alors que les visites à l’hôpital sont fortement déconseillées ?

Très souvent, l’hôpital vous tient informé des mesures à mettre en place pour votre suivi.

Si la consultation au CHU a été jugée évitable par l’équipe soignante, vous serez contactés en amont afin de préparer une téléconsultation. Le jour J, le médecin du service vous appellera, afin de faire le point sur votre situation clinique, votre bilan et votre traitement. Une nouvelle ordonnance vous sera envoyée et une nouvelle date de consultation vous sera ensuite proposée.

Si la consultation au CHU a été jugée nécessaire, personne ne vous contactera en amont et vous pourrez vous rendre au rendez-vous programmé comme d’habitude. Les hôpitaux mettent en place les gestes barrières pour les patients se rendant à l’hôpital.

En ce qui concerne les patients dialysés qui doivent se rendre dans des centres de dialyse plusieurs fois par semaine (plus de 90% des patients dialysés), des mesures spécifiques ont été mises en place pour assurer une protection optimale.

Comment me protéger ?

Les patients dialysés et greffés rénaux doivent respecter les gestes barrières, que ce soit en temps de crise sanitaire ou en temps normal, puisqu’ils sont fragilisés et potentiellement exposé en permanence à une multitude de virus, bactéries et champignons. Le confinement quant à lui doit être le plus stricte possible, et le contact avec des personnes qui sortent régulièrement limité au maximum.

Lors de son allocution Lundi 13 avril, Emmanuel Macron a précisé que les personnes “les plus vulnérables” évoquées par le HCSP, dont les patients greffés et dialysés font partie, devront respecter le confinement même au-delà du 11 mai pour leur sécurité.

Beaucoup de patients se sentent angoissés face au risque de développer des complications au COVID-19 au vue de leur état de santé, face au manque de moyens de protection comme les masques, face aux éventuels changements dans leur prise en charge médicale... Il est important pour vous de continuer votre traitement chronique, de consulter régulièrement votre médecin et de respecter au mieux le confinement et les gestes barrières.

Afin de répondre au mieux aux questions et aux inquiétudes des personnes souffrant d'insuffisance rénale, France Rein met en place un numéro d'écoute et d'aide, le 0805 03 44 03.

France Rein et la Société Française de Néphrologie et de Transplantation ont organisé un webinaire (conférence interactive) à destination des insuffisants rénaux:

Cet article vous a-t-il été utile ? Avez-vous d’autres conseils à partager à la communauté ? 

Bon courage à tous, prenez soin de vous !

avatar Camille Dauvergne

Auteur : Camille Dauvergne, Junior Community Manager France

Etudiante en 4ème année de pharmacie, Camille participe à la rédaction d’articles du Magazine Santé et à la mise à jour des fiches maladies et médicaments... >> En savoir plus

Commentaires

Belette44
le 26/04/2020

Bonjour

Merci pour cet article tres interressant.  

Depuis 1 ans il m a etait diagnostiqué une nephropathie à IGA qui est stabilisée par un traitement  (perindopril) qui est prescrit pour les hypertendus (je n ai pas d hypertension)

Dans le cadre du covid 19, les hypertendus sont plus vulnérables de faire une forme grave. Ma question est :

Est ce le fait de faire de l hypertension qui rend vulnérable ou le traitement contre l hypertension ?

Je suis également atteinte d une SPA et maladie de crohn sous anti tnf 

Merci pour votre reponse 

Magalie

joels91
le 28/04/2020

Bonjour,

On peut lire que si le DFG est supérieur à 45 mL/min/1,73 m², le risque n’est pas plus important que pour la population générale, on parle ensuite des personnes avec un DFG < 15 avec un risque  de complications élevées.

Mais qu'en est-il pour les personnes qui sont aux stades 3B ou 4 et qui ne sont pas dialysées ?

Merci de compléter l'article.

Joël

jesuiscl
le 03/05/2020

Bonjour,

Merci pour cette étude très intéressante.  J'ai une insuffisance renale, du diabète et de la tension. J'ai 73 ans, ce qui fait de moi un sujet à risque. Dpuis le début du confinement, je ne suis pas sorti une seule minute mais, ayant des problèmes aux membres infétieurs, je dois marcher. Je le fais à la maison mais ce serait plus efficace à l'extérieur.

Bon courage à tous.

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