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Dix médicaments qui annulent l'effet de la pilule

2 mars 2018 • 2 commentaires

Dix médicaments qui annulent l'effet de la pilule

On l'oublie souvent, mais la pilule contraceptive est un médicament. Consommé par une Française sur trois, elle peut avoir des contre-indications mais aussi des interactions avec d'autres traitements

cachets

Les échecs de pilule liés aux interactions médicamenteuses sont, heureusement, rares (0.2 %). Mais pour éviter les grossesses non désirées, il est important d'y prendre garde au moment de la prescription. Le point sur les médicaments qui peuvent réduire l'efficacité de cette contraception, avec l'expertise du Dr Justine Hugon-Rodin, gynécologue-médicale à l'hôpital Port-Royal (Paris).

Des antibiotiques agissent sur les hormones

Les antibiotiques sont des médicaments très largement utilisés en France. Chaque année, 143 millions de boîtes sont vendues. Outre le risque de résistance bactérienne, certaines familles peuvent réduire l'efficacité d'une contraception hormonale. Une controverse agite la communauté scientifique sur les types d'antibiotiques mis en cause. Mais le Dr Hugon-Rodin se veut rassurante. "Les antibiotiques concernés ne sont pas largement utilisés", souligne-t-elle.

La rifampicine (Rifadine®, Rimactan®) est connue pour réduire l'efficacité de la pilule œstro-progestative par un mécanisme précis : elle agit sur les cytochromes, des enzymes impliquées dans l'assimilation des médicaments par le foie. D'autres antibiotiques – comme l'amoxicilline (Augmentin®), l'ampicilline (Unacim®) ou les tétracyclines (doxycycline, lysocline) – ont tendance à diminuer l'absorption des hormones. "Un mécanisme suspecté est la perturbation de la flore intestinale par les antibiotiques qui influencerait l’absorption hormonale", souligne un article paru dans la Revue Médicale Suisse.

La plupart des prescriptions d'antibiotiques sont toutefois épargnées par ce risque. Ainsi, la Haute Autorité de Santé (HAS) ne juge pas nécessaire de prendre une deuxième contraception dans la majorité des cas.

Des antiépileptiques aident à dégrader la pilule

Plusieurs antiépileptiques, utilisés pour éviter la survenue de crise d'épilepsie, ne sont pas toujours compatibles avec une contraception hormonale. Sont concernés, notamment, le phénobarbital (Alepsal®, Aparoxal®, etc), le topiramate (Epitomax®) ou encore la carbamazépine (Tégrétol®). Cette interaction est due à la nature de ces médicaments. En effet, ils sont des inducteurs enzymatiques. "Ils activent la dégradation de l'autre médicament, explique la gynécologue-médicale. Sa quantité dans l'organisme sera donc moindre, ce qui le rend moins efficace." L'impact de ce phénomène varie fortement en fonction des molécules utilisées. Mais une chose est sûre : "Quand un traitement a une vraie interaction, la pilule risque d'être moins efficace", indique Justine Hugon-Rodin.

Pour autant, pas question de priver les femmes épileptiques de contraceptions hormonales – même si d'autres types de contraception existent. De nombreux antiépileptiques sont sans effet sur les hormones contraceptives. "Il faut donc être vigilant, pour vérifier que le traitement est compatible avec la pilule, conclut la spécialiste. S'il agit sur son efficacité, on adapte le type de contraception, le dosage et on réalise des contrôles réguliers."

Les antiviraux risquent d'agir sur une hormone

Parmi les antituberculeux et les antiviraux – y compris antirétroviraux contre le VIH –, certaines spécialités sont difficilement compatibles avec une contraception orale. C'est le cas de la rifabutine (Ansatipine®) et de la rifampicine (Rifadine®, Rimactan®), mais aussi des anti-protéases comme le ritonavir (Norvir®) ou l'atazanavir (Reyataz®). Les femmes qui prennent ces médicaments reçoivent, généralement, des contraceptions non hormonales ou des doses plus élevées d'hormones contraceptives. Les traitements ont, en effet, tendance à réduire le taux d'œstrogènes circulant dans le sang.

millepertuis

Attention à la médecine par les plantes

Mais parmi les médicaments qui peuvent agir sur l'efficacité de la pilule, tous ne sont pas soumis à prescription. Les adeptes de phytothérapie, notamment, sont invités à faire preuve de prudence. Car toutes les préparations ne peuvent pas être associées avec les hormones contraceptives.

Le millepertuis – aussi appelé herbe de la Saint-Jean ou Hypericum perforatum – réduit notablement l'impact des pilules oestro-progestatives. Une interaction qui a valu plusieurs rappels à l'ordre de la part du "gendarme" du médicament, l'ANSM. "Ces interactions conduisent à la diminution des concentrations plasmatiques et de l'effet thérapeutique de ces médicaments", souligne l'agence sanitaire. Cette réduction serait de l'ordre de 13 à 15 %, d'après une étude menée par l'université de l'Utah (Etats-Unis).

De même, le charbon actif n'est pas toujours conseillé. Ce n'est pas pour rien qu'il est administré en cas de surdose de médicaments : il absorbe de nombreux éléments – y compris les hormones contraceptives. "La prise simultanée de charbon activé et de contraceptifs oraux (pilule) pourrait réduire l'efficacité des contraceptifs oraux, précise ainsi une notice d'utilisation. Une méthode de contraception supplémentaire est alors nécessaire."

Antimigraineux, antifungique…

Quatre médicaments, prescrits de manière chronique ou ponctuelle, doivent attirer l'attention : la dihydroergotamine (Ikaran Gé®) – un antimigraineux –, le modafinil (Modiodal®) – un psychostimulant –, la colestyramine (Questran®) – un hypolipémiant – et la griséofulvine (Fulcine®, Griséfuline®) – un antifongique.

Tous ont tendance à réduire l'efficacité de la pilule contraceptive car ils sont des inducteurs enzymatiques. Mais "de manière générale, il faut toujours vérifier s'il existe un risque d'interaction avec un médicament, car une femme sous contraception ne veut pas de grossesse", souligne le Dr Justine Hugon-Rodin. L'idéal reste donc de lui épargner un choix difficile.

Attentions aux laxatifs

En cas de diarrhée, la pilule est considérée comme inefficace. Toutes les notices le mentionnent, et le phénomène est bien connu des femmes qui la consomment. Mais les laxatifs doivent eux aussi être pris avec précaution. Les selles trop abondantes sont, en effet, équivalentes à un oubli de pilule : les substances actives n'ont pas été complètement assimilées par l'organisme. Un risque de grossesse n'est donc pas exclu. C'est pourquoi il est recommandé d'attendre plusieurs heures entre la prise du contraceptif et celle du laxatif.

parapluie

Comment limiter les risques de grossesse non désirée

Les interactions entre médicaments et hormones contraceptives concernent, bien sûr, les femmes sous pilule. Mais pas uniquement car toutes les contraceptions hormonales sont concernées. Celles qui ont un implant, un patch ou un anneau doivent elles aussi faire attention, car une modification de la contraception ou du dosage peut être nécessaire.

Si nécessaire, la prise d'un second contraceptif en complément (préservatif, spermicide) peut être recommandée. Mais l'important, aux yeux du Dr Justine Hugon-Rodin, c'est de systématiquement parler de contraception lorsqu'une prescription est établie. "Par expérience, les femmes citent souvent tous les médicaments sauf leur pilule, quand on leur pose la question, souligne la gynécologue. Mais il ne faut pas banaliser la contraception : c'est un médicament comme les autres."

Les bons réflexes doivent donc se développer : toujours échanger sur sa contraception, que ce soit en consultation de gynécologie ou pour d'autres motifs. Et, systématiquement, lire attentivement la notice d'information des médicaments, pour savoir s'il existe un risque de perte d'efficacité. En cas de doute, la consultation est nécessaire : il est vivement déconseillé d'interrompre sa contraception sans avis médical.

E-Santé

Commentaires

Etiennou
le 05/03/2018

J'espère que les personnes qui prennent la pilule sont au courant, que ça figure bien sur les notices d'emploi. Le questran est souvent donné aux patients de tTNE pour calmer les diarrhées après une opération des intestins.

Jasmin29
le 17/07/2018

Merci à vous pour ce sujet plus qu'important puisqu'il peut à tout jamais changer la vie des femmes.

Les gynécos ne mentionnent pas en consultation ces risques!!! C'est ma mère qui m'a renseigné tardivement sur le sujet. Peut être devrait on attribué ce rôle au médecin traitant, ça serait plus logique si les gynécos n'ont pas le temps de le faire?

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