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Analyses de sang : savoir lire et comprendre les résultats d’un bilan hépatique

18 nov. 2020 • 2 commentaires

Quelles sont les pathologies hépatiques ? Que dose-t-on pour surveiller la fonction hépatique ? Comment interpréter les résultats d’un bilan sanguin hépatique ? Lisez notre guide à destination des patients atteints de maladies du foie.

Analyses de sang : savoir lire et comprendre les résultats d’un bilan hépatique

Quel est le rôle du foie ?

Le foie a un rôle crucial de synthèse et de régulation. Il est impliqué dans le métabolisme lipidique, l’assimilation et l’épuration des graisses via la bile, le métabolisme glucidique (stockage de glycogène et formation de néo-glucose), la synthèse de protéines sanguines (hémoglobine, albumine, et facteurs de la coagulation), les défenses immunitaires en filtrant les germes d’origine intestinale et la détoxification de nombreuses substances.

Quelles sont les différents types de pathologies hépatiques ?

Les maladies du foie touchent tous les âges et constituent un réel enjeu de santé publique. Les atteintes du foie sont nombreuses et les causes sont variées :

Les principales manifestations se résument à un ictère (jaunisse), un prurit (démangeaisons), une encéphalopathie (atteinte cérébrale), des signes d'hémorragies digestives et d’hypertension portale, et des signes d’ascite (accumulation de liquide dans la cavité abdominale).

Le bilan sanguin 

NFS (Numération formule sanguine) / plaquettes

Valeurs usuelles :

Globules rouges (érythrocytes)

Femmes : 4,2-5,2 T/L

Hommes : 4,5-5,7 T/L

Hémoglobine

Femmes : 120 - 160 g/L

Hommes : 130 - 170 g/L

Plaquettes

150-400 G/L

Pourquoi fait-on un bilan sanguin ?

Le bilan sanguin est primordial pour déceler une anémie (taux de globules rouges et d’hémoglobine bas) qui peut aggraver l’état du patient, de plus il servira à détecter une anomalie de la coagulation sanguine.

Le bilan de la coagulation


Valeurs usuelles : Attention les valeurs de référence peuvent changer pour un patient bénéficiant d’un traitement anticoagulant au long cours.

Pourquoi faire un bilan de la coagulation ?

Le foie est responsable de la synthèse de protéines et facteurs de la coagulation. En cas de pathologies hépatiques, le foie peut avoir du mal à synthétiser ces facteurs. Ainsi, il peut y avoir une tendance aux saignements (hémorragies digestives notamment) et ecchymoses (bleus), qu’il est impératif de prévenir.

TQ (temps de Quick ou temps de prothrombine)

Valeurs usuelles :

TQ ou temps de prothrombine

12-15 secondes


Pourquoi ce test  ?

Le temps de Quick correspond à l’exploration de la voie extrinsèque de la coagulation plasmatique, il atteste d’une anomalie des facteurs I (fibrinogène), II, V, VII et X. Il s’agit ici de mesurer le temps de formation d’un caillot sanguin chez un patient. Chez un malade, ce temps a tendance à s’allonger du fait d’un déficit en facteurs de la coagulation (un malade mettra plus de temps à coaguler). Il s’agit du même test que le TP exprimé en unités de temps.


TP ou taux de prothrombine

Valeurs usuelles :

TP (taux de prothrombine)

70-130 %

Pourquoi ce test ? 

Il s’agit du même test que le Temps de Quick exprimé en % car on le rapporte à la valeur d’un individu sain.

INR (International Normalized Ratio)

Valeurs usuelles :

INR cible compris entre 2 - 3 (en général)

Attention : les INR cibles sont adaptés selon les situations et les profils de patients, par exemple pour les patients ayant des valves cardiaques, l’INR cible est entre 3,5 - 4,5.

Pourquoi ce test  ?

C’est l’International Normalized Ratio, un indicateur de la coagulation sanguine. Il s’agit en réalité du rapport des temps de prothrombine (TQ en secondes ou TP en %) d’un malade et d’un témoin (non malade) international. Plus l’INR est faible (en dessous de la cible) moins le sang est fluide et inversement. Dans tous les cas, il est impératif de prendre contact avec un spécialiste (cardiologue, néphrologue, rhumatologue, diabétologue…).

Les facteurs de la coagulation

Les facteurs de coagulation ont une durée d'existence brève (demi-vie de quelques heures), de ce fait ils sont des témoins fiables de l’altération de la fonction de synthèse du foie

Le facteur V ou facteur de Leiden

Valeurs usuelles :

70-130 %

Pourquoi faire ce test ? 

Le facteur V est un facteur de la coagulation exclusivement synthétisée par le foie. En cas d’anomalie hépatique sévère, la diminution du taux de facteur V est un signe de gravité : par exemple en cas d’insuffisance hépatique il est souvent inférieur à 50% (comme le TP).

Le bilan hépatique complet

Les transaminases : ALAT, ASAT et LDH

Les transaminases sont des enzymes (protéines) impliquées notamment dans la respiration et le fonctionnement cellulaire. Elles reflètent le mieux la destruction des cellules du foie (cytolyse hépatique). Lors d’une altération des cellules du foie, ces enzymes augmentent de manière considérable.

ALAT ou ALAT, Alanine-Aminotransférase

Valeurs usuelles :

Hommes < 45 UI/L

Femmes < 34 UI/L

Nouveaux nés : 5 à 35 UI/L

Pourquoi ce test ?

On retrouve ces ALAT dans les cellules du foie et des reins et en quantité moindre dans les muscles squelettiques et dans les globules rouges. Elle témoigne le mieux de la cytolyse hépatique et peut atteindre jusqu’à 10 fois sa valeur normale (en cas d’hépatite virale ou médicamenteuse) voire 1000 fois sa valeur normale (en cas d’hépatite fulminante, stade de gravité ultime où la seule option thérapeutique reste la transplantation hépatique).

ASAT ou ASAT, Aspartate-Aminotransférase

Valeurs usuelles :

< 35 UI/L

Nouveaux nés : 20 à 80 UI/L

Pourquoi faire ce test ?

On retrouve ces ASAT dans les cellules des muscles squelettiques et cardiaques, dans les globules rouges et enfin dans les cellules hépatiques. Son augmentation témoigne de la cytolyse (destruction cellulaire) du foie et du cœur. Le plus souvent elle reste inférieure au taux d’ALAT sauf en cas de cytolyse hépatique d’origine alcoolique. En effet, chez les alcooliques, le taux d’ASAT est supérieur au taux d’ALAT

LDH ou Lactate Déshydrogénase

Valeurs usuelles :

< 248 UI/L

Pourquoi ce test ?

Le taux de LDH, notamment élevé, témoigne d’une souffrance cellulaire. Les LDH sont présentes dans tous les tissus de l’organisme mais en faible quantité dans le sang, c’est pourquoi un taux sanguin élevé de LDH fait suspecter des lésions tissulaires et cellulaires. On peut retrouver ce dosage dans le diagnostic biologique de pathologies pulmonaires, cardiaques et même hématologiques (sanguines).

Autres dosages enzymatiques du bilan hépatique : GGT et PAL

GGT ou Gamma-Glutamyl-Transférase ou Gamma-Glutamyl-Transpeptidase

Valeurs usuelles :

Hommes < 55 UI/L

Femmes < 38 UI/L

Pourquoi faire ce test ?

Les GGT sont des enzymes présentes dans les cellules hépatiques en majorité mais aussi pancréatiques et rénaux. Elles permettent de transférer des acides aminés (nécessaires à la synthèse protéique) à l’intérieur des cellules. Dans une situation pathologique, les GGT, normalement présentes à faible taux dans le sang, sont libérées excessivement dans la circulation. Elles témoignent de la souffrance hépatique en particulier. On retrouve un taux élevé de GGT dans les maladies du foie comme la cirrhose, la cholestase, les hépatites et l’alcoolisme. 

Phosphatase alcaline ou PAL

Valeurs usuelles :

Chez un adulte sain elles avoisinent 40 - 135 UI/L

Les valeurs varient selon les laboratoires et le profil du patient



Pourquoi ce test ?

Les phosphatases alcalines sont des enzymes issues de plusieurs tissus : les os, l’intestin, le placenta, les tubules rénaux mais aussi les canaux biliaires. On retrouve une élévation physiologique (normale) des PAL chez l’enfant et l’adolescent en pleine croissance osseuse (due à une augmentation de l’activité des cellules de formation osseuse). Chez les adultes, cette augmentation peut signer une maladie osseuse (maladie de Paget). Les PAL sont aussi augmentées chez la femme enceinte du fait de la présence du placenta. Par ailleurs, une élévation concomitante des ALAT/ASAT/GGT et des PAL font fortement suspecter une atteinte hépatique.

Par exemple, le diagnostic d’une cholestase (diminution ou arrêt de la sécrétion biliaire) repose biologiquement sur l’augmentation des PAL et des GGT.

La bilirubine conjuguée et totale

Valeurs usuelles :

BNC (bilirubine non conjuguée)

< 17 µmoles/L

BC (bilirubine conjuguée)  

0 µmoles/L

Bilirubine Totale (BC + BNC)

< 17 µmoles/L

Pourquoi ce test ?

La bilirubine est le produit de dégradation de l’hémoglobine (protéine constituant les globules rouges). On dose le taux de "bilirubine totale" qui est la somme des taux de bilirubine libre (non conjuguée) et conjuguée. On parle de “bilirubine non conjuguée” ou libre avant le passage par le foie et de bilirubine “conjuguée” après passage par le foie (étape de conjugaison hépatique). La bilirubine conjuguée est déversée dans la bile, puis évacuée dans les urines et dans les selles. Chez l’individu sain, elle n’est pas présente dans le sang.

En cas d’obstacles des voies biliaires, la bilirubine conjuguée passe dans le sang. Une élévation de la bilirubine peut révéler une anomalie au niveau des voies biliaires (calcul, lithiase biliaires, cholestase ou tumeur biliaire), ou encore une hépatite ou une cirrhose voire une hémolyse (destruction excessive et anormale des globules rouges). De couleur jaune, elle est responsable d’un ictère (ou “jaunisse”) en cas d’accumulation anormale dans le sang. L’ictère est la coloration jaune de la peau et des muqueuses, des ongles et du blanc des yeux, une coloration foncée des urines peut être observée ainsi qu’une décoloration des selles.

Le protéinogramme sanguin : pourquoi doser les protéines du sang ?

Les protéines de synthèse hépatique

Albumine sg 

Valeurs usuelles :

38-48 g/L

Pourquoi ce test ? 

L’albumine est la protéine majoritaire du sang (60%) et est synthétisée par le foie. Elle transporte de multiples protéines dans le sang, notamment la bilirubine conjuguée. Au cours de la grossesse, l’albuminémie (taux d’albumine dans le sang) peut être diminuée par dilution sanguine. En dehors de ce cas particulier, une diminution peut indiquer une atteinte du foie.

Haptoglobine sg

Valeurs usuelles :

1-3 g/L

Pourquoi ce test ?


L’haptoglobine est une protéine de synthèse hépatique dont la diminution peut témoigner d’une fibrose hépatique (remaniement cicatriciel des cellules du foie après destruction), ou d’hémolyse excessive (destruction des globules rouges inexpliquée) voire d’insuffisance hépatique. Ce dosage entre dans le diagnostic et l’évaluation des stades de fibrose comme le fibrotest ou l’actitest. Il faut aussi noter que cette protéine augmente en cas de syndrome inflammatoire (comme dans le cas d’une infection).

Orosomucoïde sg ou (α1 glycoprotéine acide)

Valeurs usuelles :

0,3-1,4 g/L

Pourquoi ce test ?


L'orosomucoïde est une protéine de synthèse hépatocytaire (les hépatocytes sont les cellules du foie) dont la sécrétion sanguine est stimulée par une réaction inflammatoire. En cas de syndrome inflammatoire, sa diminution sanguine associée à celle de l'haptoglobine oriente fortement vers une insuffisance hépato-cellulaire. 

De la même manière d’autres protéines de l’inflammation de synthèse hépatique comme l’α2-macroglobuline ou l’α1-antitrypsine peuvent révéler une affection hépatique.

Alpha foetoprotéine sg

Valeurs usuelles :

Adulte : 10 ng/ml

Pourquoi ce test ? 

L'alpha foetoprotéine est présente dans le sang foetal et son dosage est utilisé pour surveiller l’apparition de malformations fœtales pendant la grossesse (comme le syndrome de Down ou trisomie 21 par exemple). Dans le cadre d’un bilan hépatique, ce dosage peut être utile en cas de suspicion d’hépatocarcinome cellulaire (CHC ou cancer hépatocytaire). Elle n’est pas spécifique du foie et son dosage peut être demandé pour surveiller la récidive de certains cancers (ovaires ou testicules).

Le ionogramme sanguin : surveiller les ions présents dans le sang


Ammonium [NH4+] sg

Valeurs usuelles :

25-40 mmol/L

Pourquoi ce test ? 

En cas d’hyperammoniémie (augmentation des ions ammoniums dans le sang), il faut rechercher une encéphalopathie hépatique (altération de la fonction cérébrale, confusion ou somnolence inexpliquée). En effet, l’atteinte hépatique sévère et chronique ne permet pas au foie de remplir sa fonction de détoxification. De ce fait, sur le long terme, des substances toxiques s’accumulent (comme l’ammonium) et atteignent le cerveau.

Le bilan lipidique

Valeurs usuelles :

Triglycérides : 0,4-1,7 mmol/L = 0,35-1,5 g/L

Cholestérol total : 4,1-5,2 mmol/L = 1,6 g/L

Cholestérol HDL : > 1 mmol/L = > 0,4 g/L

Cholestérol LDL : < 4,1 mmol/L = <1,6 g/L

Pourquoi ces tests ? 

Une EAL ou exploration d’une anomalie lipidique est souvent demandée en parallèle d’un bilan hépatique : Il faut savoir que deux tiers du cholestérol de l’organisme synthétisé par le foie. Une anomalie du foie peut se répercuter sur ce bilan.

Valeurs usuelles :

Apolipoprotéine A1 ou Apa A1 sg

Hommes : 1,20 - 1,60 gl/L

Femmes: 1,30 - 2,10 gl/L

Pourquoi ce test ? 

Plus spécifiquement, on peut doser l’Apo A1. C’est une protéine de transport du cholestérol synthétisée par le foie dont la libération est réduite en cas de fibrose hépatique. Cette atteinte hépatique se manifeste par une diminution du taux d’Apo A1 dans le sang.

Conclusion : 

Il est recommandé en cas d’atteinte hépatique d’éviter toute substance identifiée comme hépatotoxique (ayant une toxicité sur le foie) : notamment l’alcool et certains médicaments (comme le paracétamol) sont à éviter. Il existe aussi une polémique à propos des compléments alimentaires d’origine végétale, dont la consommation accrue s’est avérée hépatotoxique. Par exemple, les anabolisants androgènes synthétiques, le chardon à glu, le thé vert, les sénés et même la vitamine A font l’objet de précaution d’emploi chez les patients sujets à des affections hépatiques.

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avatar Doriany Samair

Auteur : Doriany Samair, Assistant Marketing Digital

Au sein de l'équipe Marketing Digital, Doriany est en charge de la rédaction de fiches maladies et d'articles scientifiques. Elle s'occupe également de la modération et l'animation de la communauté sur le forum, afin... >> En savoir plus

Commentaires

CISSIA
le 23/11/2020

Article très intéressant  presque complet

il sera bien d en faire de même pour le bilan urinaire car des carences ou surcharges peuvent être aussi dramatiques

Avec mes remerciements

Amicalement

CISSIA

Hookette
le 24/11/2020

 Description et compréhension plus clair  J'ai de la chance car mon généraliste m'explique un peu ma prise de sang même si mes GAMAS sont élevés à cause de mon traitement  

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