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Le parcours de Mélissa : de l’AVC à la reconquête de sa voix et de sa vie

Publié le 6 févr. 2026 • Par Candice Salomé

À seulement 13 ans, un AVC hémorragique change radicalement la vie de Mélissa. Entre perte de mémoire, aphasie et difficultés motrices, elle doit réapprendre à marcher, parler et écrire. Adolescente confrontée au regard des autres et à une profonde solitude, elle traverse une dépression, mais trouve peu à peu des stratégies pour reprendre confiance en elle.

Aujourd’hui diplômée en histoire, intervenante auprès de personnes atteintes de TSA et créatrice du podcast La Ptite Bulle, Mélissa raconte son parcours unique de reconstruction, d’apprentissage et de détermination, offrant un témoignage puissant sur le handicap, la persévérance et la reconquête de soi. 

Le parcours de Mélissa : de l’AVC à la reconquête de sa voix et de sa vie

Bonjour Mélissa, vous avez accepté de témoigner pour Carenity et nous vous en remercions. 

Tout d’abord, pourriez-vous commencer par vous présenter ? 

Je m’appelle Mélissa, j’ai 23 ans et j’ai été victime d’un accident vasculaire cérébral à l’âge de 13 ans. Je viens d’obtenir mon diplôme universitaire en histoire avec mention et je travaille actuellement en tant qu’intervenante auprès de personnes atteintes de TSA

Je vis avec mes parents et ma grande sœur. Je réalise également un podcast La Ptite Bulle, consacré à la santé et à la société. J’adore rire et passer de bons moments avec mes proches

Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé au moment de votre AVC et ce dont vous gardez le souvenir aujourd’hui ? 

Le 26 février 2016, au matin, je me lève de mon lit et me dirige vers la salle de bain. Subitement, je me sens mal et je m’écroule au sol, incapable de me relever. Mes parents étaient partis faire des courses et ma grande sœur, Sarah, dormait. 

Elle est diabétique de type 1 et, au même moment, elle faisait une hypoglycémie. C’est précisément à cet instant qu’elle est sortie de sa chambre et m’a trouvée par terre, incapable de bouger. Si ma sœur n’avait pas été diabétique, je serais probablement morte

Les médecins m’ont plongée dans le coma pendant une semaine. J’ai ensuite appris que j’avais fait un AVC hémorragique dû à une malformation artério-veineuse

Comment avez-vous vécu votre réveil du coma et la découverte des séquelles ? 

À mon réveil, j’étais totalement perdue et dépassée par les événements. J’avais 13 ans, j’étais encore une enfant. Jour après jour, j’ai pris conscience de l’ampleur des séquelles

D’abord, j’avais perdu la mémoire : j’avais oublié ma famille, mon propre prénom. Puis j’ai compris que je ne parlais plus et que je ne pouvais plus marcher. Je suis restée un mois à l’hôpital et j’ai suivi une rééducation intensive

Quel rôle a joué la rééducation, notamment l’orthophonie, dans votre reconstruction ? 

J’ai dû réapprendre à marcher, écrire, lire et parler. J’ai suivi de la kinésithérapie et de l’ergothérapie pendant quelques mois seulement, car ma récupération motrice a été assez rapide. Le plus difficile concernait la parole, la mémoire et la concentration

J’ai donc fait de l’orthophonie pendant quatre ans. Cela m’a énormément aidée : à l’époque, j’étais incapable de formuler une phrase complète, et grâce à ce travail, je fais aujourd’hui peu d’erreurs

Durant la première année, je refusais de parler en public, car j’avais honte de mon trouble du langage

Comment s’est passée la reprise de l’école après l’AVC et quels ont été les moments les plus difficiles ? 

J’ai eu mon AVC en pleine adolescence, et cela a été extrêmement difficile. Je ne savais plus parler et les chirurgiens m’avaient rasé la tête pour l’opération. J’avais honte de moi, de mon corps, et j’avais perdu toute confiance en moi

J’étais une jeune adolescente en pleine construction identitaire. Mes amies parlaient d’amour et de soirées, tandis que moi je parlais d’IRM et de neurochirurgie

Au collège et au lycée, certaines personnes se permettaient des remarques sur mes cheveux ou ma façon de parler, me disant que j’étais bizarre. J’ai fait une dépression après l’AVC, tant les événements m’ont submergée. 

Comment avez-vous traversé la période de dépression liée à cet événement de vie ? 

J’ai très mal vécu cette période. Je détestais la personne que j’étais devenue après l’AVC. Le fait de ne plus savoir parler me donnait un profond sentiment d’exclusion et une immense solitude

C’était comme si j’étais physiquement en vie, mais que mon esprit était mort. La crise d’adolescence n’a évidemment rien arrangé. 

J’ai consulté un psychologue bien plus tard, en terminale, à 17 ans. J’avais longtemps refusé, par peur d’être encore plus « bizarre ». Avec le recul, attendre aussi longtemps est l’une de mes plus grandes erreurs

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans votre parcours scolaire et universitaire, et comment les avez-vous surmontées ? 

À cause de mon AVC, je suis constamment fatiguée et je souffre de troubles de la concentration et de la compréhension. J’ai redoublé ma L1 puis ma L2, car fournir des efforts intellectuels soutenus est plus difficile pour moi que pour la moyenne. 

J’ai trouvé des stratégies pour contourner ces difficultés. Par exemple, en raison de mon aphasie, je ne parviens pas à rédiger les cours magistraux : des amies me transmettent leurs notes, et je bénéficie de temps supplémentaire lors des examens

Étudier à l’étranger a été un défi supplémentaire, mais ma motivation et mes efforts ont fini par payer. C’est la persévérance qui m’a permis de réussir

Que représente pour vous le fait d’avoir poursuivi jusqu’à l’université malgré les séquelles cognitives ? 

C’est une véritable victoire. À mes yeux, ce diplôme n’est pas seulement un bout de papier : c’est une réussite contre la maladie, contre le handicap

C’est la preuve que je peux accomplir les mêmes choses que les autres. J’ai choisi de faire des études pour me prouver que, malgré les séquelles cognitives, je suis aussi intelligente que n’importe qui

Comment avez-vous vécu votre année d’Erasmus en Espagne, à la fois sur le plan personnel et académique ? 

L’Erasmus a été à la fois une chance et un immense défi. Après avoir redoublé ma L2, j’ai traversé une rechute dépressive. Choisir d’étudier à l’étranger m’a redonné un but

Cependant, c’est un défi de taille quand on a des lésions cérébrales. Je devais suivre des cours universitaires avec les mêmes difficultés qu’en France, auxquelles s’ajoutait la barrière de la langue. J’apprenais en parallèle l’anglais et l’espagnol

Avoir une aphasie et apprendre deux nouvelles langues est extrêmement éprouvant. Mon cerveau était en permanence en travail, et j’étais constamment fatiguée

Je ne regrette absolument rien et je recommencerais sans hésiter. Je conseille à tous les étudiants en situation de handicap de se lancer : avec de l’organisation et de la détermination, c’est possible

Pourquoi avez-vous choisi de créer le podcast La Ptite Bulle et qu’est-ce que cela vous apporte au quotidien ? 

J’ai créé mon podcast La Ptite Bulle en février 2025 pour partager mon histoire et donner la parole à d’autres à travers des interviews. La santé est encore trop peu visible, et beaucoup ignorent le quotidien des personnes touchées par la maladie

Au début, cela m’a permis de me sentir comprise par mes proches et de me prouver que, même avec une aphasie, je pouvais faire du podcast. Aujourd’hui, cela me donne surtout le sentiment d’être utile aux autres

J’interviewe des professionnels afin d’informer, par exemple une psychologue ayant travaillé en milieu carcéral pour mineurs

>> Retrouvez Mélissa sur Instagram, et écoutez les épisodes du podcast La Petite Bulle <<

Aujourd’hui, quel message aimeriez-vous transmettre aux personnes qui vivent avec des séquelles d’AVC, notamment autour du langage et de la confiance en soi ? 

Je dirais qu’il est essentiel de bien s’entourer : être avec des personnes qui prennent le temps de t’écouter, même si tu te trompes de mots, et avec lesquelles tu n’as pas honte de faire des erreurs. C’est la clé pour accepter son trouble du langage et réapprendre à s’aimer. Accepter que notre langage ne soit pas parfait

Un dernier mot ? 

Il ne faut pas avoir honte de son handicap. Il faut apprendre à l’accepter, même si cela prend des années. 

Un grand merci à Mélissa pour son témoignage !

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Prenez soin de vous !

avatar Candice Salomé

Auteur : Candice Salomé, Rédactrice Santé

Créatrice de contenus chez Carenity, Candice est spécialisée dans la rédaction d’articles santé. Elle a une appétence particulière pour les domaines de la psychologie, du bien-être et du sport.

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