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Dépendance à l’alcool : “Du premier verre jusqu’au dernier, j’ai bu pendant 18 ans.”

Publié le 17 févr. 2021 • Par Candice Salomé

Stacy, membre de la communauté Carenity France, a connu une dépendance à l’alcool pendant 18 ans. Dans son témoignage, elle se livre sur sa vie sous l’emprise de l’alcool et sur la façon dont elle a réussi à tourner la page de cette addiction.

Découvrez vite son témoignage !

Dépendance à l’alcool : “Du premier verre jusqu’au dernier, j’ai bu pendant 18 ans.”

Bonjour Stacy, vous avez accepté de témoigner pour Carenity et nous vous en remercions. 

Tout d’abord, pourriez-vous nous en dire plus sur vous ?

Bonjour, je m’appelle Stacy. J’ai 33 ans. Je suis américaine de Philadelphie mais j’habite à Saint-Etienne depuis 2011. Je suis venue en France pour être assistante de langue dans un collège, mais je suis restée pour l’amour. L’amour pour quelqu’un mais aussi l’amour pour ce pays magnifique. Après mon année comme assistante, je suis retournée à la fac pour mes études à Jean Monnet, et j’ai travaillé à plein temps comme formatrice d’anglais jusqu’à juillet 2020. Je suis actuellement au chômage. Je ne sais pas ce que j’ai envie de faire dans les prochains chapitres de ma vie. J’ai connu beaucoup de changements dans ma vie depuis l’arrêt de l’alcool. Je me découvre. La vraie Stacy. J’ai aussi quitté mon conjoint - enfin, j’ai fait face à la réalité de notre vie de couple et aussi à son problème avec l’alcool. Ce n’était plus tenable. Je suis actuellement célibataire, sans enfant mais avec un super chat.

J’ai beaucoup de passe-temps, et j’en découvre de nouveaux tous les jours ! J’ai envie de tout essayer ! Je pratique le yoga quasiment tous les jours (yoga Ashtanga), par visioconférence, bien évidemment. J’ai commencé à faire du pole dance en septembre (par visioconférence en ce moment). J’ai appris à tricoter, j’adore ça ! J’aime cuisiner, lire, regarder des séries.  

De plus, la sobriété est devenue un grand centre d’intérêt pour moi. Je participe à plusieurs groupes Facebook et je suis l’ambassadrice pour «L’alcool expliqué».

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Vous avez été alcoolique. Pourriez-vous nous dire comment la maladie a pris place dans votre vie ? A quel âge avez-vous commencé à boire et dans quel contexte ? Était-ce dû à un mal-être ? Pendant combien de temps avez-vous bu ?

J’ai toujours eu un peu de mal avec le mot “alcoolique”. Je trouve que c'est chargé de stéréotypes. Je préfère dire que j’ai eu des problèmes avec l’alcool ou même que j'étais addict à l'alcool. Finalement, l’alcool est une drogue, je ne sais pas pourquoi on dit « les drogues et l’alcool ». Ce sont toutes des drogues. 

Je pense, comme tout le monde, que ça a été une descente plutôt lente. Vu que l’alcool est présent partout, pour toutes les occasions (fêtes, stress, angoisse, ennui, joie, etc), ça peut être parfois compliqué de vraiment cibler l’arrivée de la maladie.  

J’ai bu pour la première fois à l’âge de 14 ans, je voulais voir l’effet que ça faisait. J’avais un chéri à l’époque qui buvait avec son grand frère, j’étais curieuse. Un soir j’ai donc volé de la vodka chez mes parents. Puis, au lycée, c’était plutôt en groupe quand on faisait des fêtes. 

Aux États-Unis, l’âge légal pour boire est de 21 ans. C’est strict et très contrôlé, il faut montrer sa carte d’identité pour acheter des cigarettes avant 18 ans et de l’alcool jusqu’à 21 ans.  

Cependant, on a facilement accès aux médicaments prescrits par le médecin (amphétamines, opioïdes, etc). De plus, la marijuana est maintenant légale, il y a 20 ans, on en trouvait déjà partout. On buvait de l’alcool quand on pouvait en trouver, mais j’ai pris régulièrement des médicaments. 

A l'époque, je me souviens ne pas trop aimer l’alcool mais je buvais parce que mes amis buvaient. Pareil avec la marijuana, je n’aimais pas trop mais c’était le truc à faire. Ensuite, j’ai continué à boire pendant mes études. Il y a beaucoup de références dans les séries et les films, les fêtes telles qu’elles sont représentées sont plus ou moins vraies.  

Je pense avoir toujours eu un problème avec l’acceptation de mon image. J’avais un grand manque de confiance en moi. Rien dans mon enfance n’aurait pu me conduire à cette dépendance : mes parents ne boivent pas, je n’étais pas mal traitée. J’aimais juste pouvoir calmer mes pensées et mes angoisses.

 Du premier verre jusqu’au dernier, j’ai bu pendant 18 ans.

A quel moment avez-vous compris qu’il ne s’agissait pas d’alcool récréatif mais bien d’alcoolisme ? Qu’avez-vous fait à ce moment-là ? Quel était votre état d’esprit ?

C’est en France que je me suis rendue compte de mes problèmes liés à l’alcool

Aux Etats-Unis, on sort et on boit le plus vite possible pour en ressentir les effets rapidement. Mais, on n’a pas « l’apéro », ni le vin illimité pendant un repas, ni des digestifs, comme en France. De plus, mon conjoint aimait beaucoup faire la fête. 

J’ai bu de plus en plus, et de plus en plus fréquemment. J’ai commencé à me faire du souci en 2014. J’ai fait un burnout et on m’a prescrit des antidépresseurs.  

Si je buvais ne serait-ce qu’un verre, je ne pouvais pas m’arrêter. J’ai même commencé à acheter de la vodka le matin pendant les week-ends pour me faire des bloody mary.  

J’étais sans limite, jusqu'au moment où je suis arrivée au travail, un samedi soir (j’étais serveuse à mi-temps), bourrée et je me suis faite licencier en plein service. J’avais honte ! Qui était cette personne ? 

Je suis retournée chez le médecin, je lui ai tout raconté. En réponse, il m’a donné un défi : 3 semaines sans alcool. Si je n’y parvenais pas, je serais obligée de le rencontrer de nouveau et nous aurions une sérieuse discussion au sujet de mon addiction. Ça m’a fait peur. Je n’ai pas bu une goutte pendant 21 jours. Mais au 22ème jour...

Quel a été votre déclic pour arrêter l’alcool ? Qu’avez-vous mis en place pour cet arrêt ? Vous êtes-vous fait aider ? A quel point l’arrêt de l’alcool a-t-il été compliqué pour vous ?

J’ai toujours fait des mois secs (sans alcool), surtout quand je faisais un régime. Mais c’était toujours avec une date de fin. Donc c’est assez facile quand on voit « la lumière au bout du tunnel ». Je dis ça mais je ne peux pas compter le nombre d’essais de mois sans alcool tentés où je replongeais au bout de 5 jours… Je me questionnais de plus en plus sur ma consommation et j’étais inquiète.

Lors du premier confinement, il faisait beau, j'avais une terrasse, et plus de temps libre parce que j’étais toujours à la maison, et je ne sortais pas pour voir des gens. Le week-end, je buvais jusqu’à avoir des trous noirs du matin au soir

En mai, au moment du déconfinement, j’ai bu un café avec une copine anglaise, qui a aussi eu des problèmes avec l’alcool. Elle m’a conseillé de lire le livre «Alcohol explained».  

Je n’ai pas vraiment commencé à lire ce livre avec l’intention d’arrêter, enfin, ça n’avait jamais marché avant, mais je me suis dit, peut-être que je peux apprendre deux ou trois choses. Ce livre a été mon déclic. J’ai eu "la sobriété spontanée". Finalement, j'ai tout compris : pourquoi je buvais, pourquoi je ne pouvais pas me modérer, pourquoi j’avais un manque de sommeil, pourquoi j’étais anxieuse 24/24...

Mon arrêt n’a pas été compliqué cette fois en comparaison avec les fois précédentes.

Vous parlez d’un livre “Alcohol Explained” par William Porter. Que vous a apporté la lecture de ce livre ? En quoi s’est-il montré révélateur dans votre arrêt ? Pourriez-vous nous parler de ce livre dans ses grandes lignes ? Comment en avez-vous entendu parler ?

Effectivement, j’ai parlé de « Alcohol explained », le titre en français est « L’alcool expliqué ». Ce livre a été le lien manquant, le morceau de puzzle qui m’a fait comprendre mon addiction. J’ai compris que tous mes problèmes (angoisse, stress, insomnies) étaient liés à l’alcool alors que je buvais pour les soulager ! C’était de la folie ! Je faisais la même chose tous les jours en attendant que ça aille mieux. Je n’avais pas dormi convenablement depuis une décennie ! J’étais sur un carrousel et il fallait juste en descendre !

“L'alcool expliqué” est le manuel indispensable sur l'alcool et l'alcoolisme. Il explique comment l'alcool affecte les êtres humains sur le plan chimique, physiologique et psychologique, depuis les premiers verres jusqu'à l'alcoolisme chronique.

Ce livre explique les bases scientifiques de la dépendance à l’alcool dans une langue simple et facile à comprendre. Il permet au buveur de comprendre exactement les effets de l’alcool. Pour la première fois, ce livre permet de prendre une décision éclairée sur sa propre consommation. Il fournit également de nouvelles indications intéressantes sur la manière d’arrêter de boire en donnant au lecteur une compréhension complète du fonctionnement de l’alcool, et comment il peut inverser son emprise.

Vous avez décidé de contacter l’auteur, William Porter, afin de traduire le livre en français. En quoi cette démarche était-elle importante pour vous ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Au départ, je l’ai contacté pour le remercier. J’ai vraiment eu l’impression que ce livre m’avait sauvé, ça méritait un remerciement quand même ! Je lui ai aussi demandé si le livre existait en français pour mon conjoint, qui buvait plus que moi et ce, depuis longtemps. Il m’a dit que oui, donc je l’ai acheté. Mon conjoint n’a pas lu le livre.  

L’auteur, ne parlant pas français, m’a demandé de traduire les retours sur Amazon, ils étaient négatifs ! Le livre était très intéressant mais la traduction était nulle.  

Je lui ai proposé mon aide pour faire une version révisée. Je voyais les problèmes de l’alcool partout en France, autour de moi, et je me suis dit que je pouvais aider les gens qui voulaient arrêter. 

Ce livre a donné un sens à ma vie. Je veux aider les gens qui veulent arrêter de boire, mais pensent que c’est impossible. L’auteur et moi avons fait un site en français aussi, et j’essaye de promouvoir le livre, parce que j’y crois vraiment. Donner les outils aux autres m’aide à rester sobre.

De quelle façon l’alcool a affecté votre vie personnelle et professionnelle ? Quel était le regard de votre entourage sur l’alcoolisme ? Vous ont-ils soutenu lors de votre arrêt ? Était-ce ou est-ce encore un sujet tabou ?

Il y a un mot qui me vient en tête : j’étais « coincée ». J’étais coincée dans ma vie personnelle et professionnelle. Je ne pouvais pas voir mes problèmes avec clarté. L’alcool m’a anesthésiée. Au niveau professionnel, tout était compliqué et j’étais souvent irritable et désagréable. Au niveau personnel, j’étais malheureuse dans mon couple, mais je procrastinais. Désormais, sans alcool, je commence à gérer ma vie, à me poser les bonnes questions et à reprendre le contrôle.

Le regard de l’entourage sur l’alcoolisme est toujours difficile à percevoir surtout quand cet entourage boit également. Quand tu arrêtes de boire parce que tu penses avoir un problème, tout le monde se remet également en question par rapport à sa propre consommation. Souvent les gens veulent savoir pourquoi et ils sortent des âneries comme « allez ! T’étais pas si mal que ça ». Mais ça, c’est par rapport à eux, pas par rapport à toi, ils sont plus ou moins menacés par ta sobriété. Ma famille et mes amis aux Etats-Unis sont très contents et fiers de moi. Je trouve ça plus tabou en France d’arrêter de boire en comparaison avec les Etats-Unis. Je pense que c'est culturel, ne pas boire de vin à table en France est un “blasphème”.

Êtes-vous toujours attirée par l’alcool ? En quoi l’arrêt de l’alcool a modifié vos rapports sociaux ? Vous autorisez-vous un verre de temps en temps ?

Non, je ne suis plus attirée par l’alcool. Je le vois pour ce que c’est : une drogue carcinogène. Pas plus pas moins. L’alcool est partout : dans les chansons, les films, les séries. Voyez comme c’est traité. Il est là quand on est triste, pour fêter quelque chose, quand on est stressé etc. Mais ce n’est pas la réalité.

L’arrêt de l’alcool a changé mes rapports sociaux. J’ai retrouvé un bon sommeil régulier, ce qui veut dire que je vais me coucher vers 23h (c’est généralement l’heure où les buveurs commencent à devenir insupportables). Je passe toujours de bons moments avec eux à la seule différence que ce sont de “vrais” moments désormais. Je me souviens de tout ce qui se passe, et je rigole profondément. Cependant, je m'ennuie quand je suis avec des gens que je n’aime pas, ils étaient supportables quand je buvais parce que je ne me rendais pas compte qu’ils m’ennuyaient. J’essaie de passer mon temps avec les gens que j'apprécie vraiment.

Non, je ne m’autorise même pas un verre. Si on a du mal à refuser le premier verre, je ne vois pas pourquoi on serait capable de dire non au deuxième, au troisième... En plus de ça, l’alcool a mauvais goût. On le mélange avec du sucre et du jus pour le rendre savoureux. Mais l’alcool pur et simple, c’est vraiment mauvais. Remémorez-vous votre premier verre d’alcool… c’est un goût qu’on a appris à aimer… Je préfère dire non à l’alcool ! Je me pose moins de questions. Non, c’est non. Ce n’est pas une négociation qui remplit mon esprit. Je dis non et je passe à autre chose.

Enfin, quels conseils aimeriez-vous donner aux membres également touchés par l’alcoolisme ?

Pour moi, comprendre où j'en étais et comment j’en étais arrivée là a été très important. Même si je voulais arrêter pour plusieurs raisons, je pensais toujours avoir autant de raisons de continuer. Des mythes. Comme l’alcool aide avec le sommeil, on ne peut pas être sociable sans alcool etc. Quand j’ai compris que tout cela était faux, ça a été simple d’arrêter

Je pense que les anglophones sont plus en avance que les français par rapport à leur regard sur l’alcool. L’alcool en France est toujours si présent. L’alcool est addictif, ça nous rend addicts. L’alcoolisme n’est pas une maladie génétique, tout le monde peut être touché par cette addiction. 

Un dernier mot ?

Ce n’est pas parce que ce livre m’a permis d’arrêter définitivement que cela va fonctionner ainsi sur tout le monde. L’alcoolisme n’est pas une « taille unique », c'est différent pour tout le monde. C’est pareil pour la sobriété. C’est comme un buffet à volonté, il faut trouver ce qui marche pour chacun. Il faut donc tout essayer, dire oui à tout, apprendre, lire, écouter et discuter. 

Je vous conseille de lire les premiers chapitres du livre, à retrouver gratuitement ici : https://alcoolexplique.fr/. Essayez, vous ne risquez rien !

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Pour tenter de les remporter, lisez les 5 premiers chapitres du livre en cliquant ici : https://alcoolexplique.fr/

Puis expliquez-nous, en commentaire ci-dessous, en quoi vous pensez que la suite peut être bénéfique pour votre arrêt !

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avatar Candice Salomé

Auteur : Candice Salomé, Community Manager France

Candice Salomé est Community Manager France chez Carenity. Elle participe également à la rédaction d’articles du Magazine Santé. Responsable de l’engagement des membres... >> En savoir plus

3 commentaires

Hookette
le 17/02/2021

Bonjour Très beau témoignage Continuer

L'alcool pour moi c'est juste un apéro le dimanche où en famille , amis - Je ne suis pas une adepte de l'alcool - Je connais trop bien les ravages et les accidents que ça peut causer

Bigirimana
le 19/02/2021

Bonjour Stacy. Merci pour votre témoignage et votre bonté pour aider les autres: vous êtes une vraie perle. Ce livre est fantastique et je suis sûre que chacun peut s'y retrouver pour la consommation d'alcool, du café et d'autres substances encore.

Le reste du livre est bénéfique aussi car je me dis qu'il va expliquer qu'on boit aussi de l'alcool voulant avoir du sommeil, et finalement on n'en aura pas de qualité et il suffira alors quand on se réveille de reprendre encore 2 verres pour avoir cet effet relaxant déjà perdu pendant le 1er sommeil (l'alcool nous met dans un circuit infernal de problèmes). Et la plupart dès fois, moi je prends de l'alcool quand je me sens fatiguée et voulant dormir!!!!

Merci et bonne journée

agatha7759
le 21/02/2021

Bonjour, j'ai été malade alcoolique pendant 30 ans et je suis sobre depuis 17 ans. J'ai arrêté de lire quand j'ai lu que les Alcooliques Anonymes étaient trop tournés vers Dieu. C'est Faux. Un bon nombre de non-croyants ( j'en suis) ont été bien aidés par les A.A. Ils parlent de " puissance supérieure, pas de Dieu et on peut tout à fait zapper. Les A.A, ce n'est pas une grande messe! Et puis aux A.A, on a " un parrain" ou une " marraine' à qui on peut téléphoner jour et nuit, on n'est jamais seule.....je continuerai tout à l'heure

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