« Mes jambes ont formé un syndicat… alors j’ai appris à marcher autrement » : le témoignage de Phildu
Publié le 26 août 2026 • Par Candice Salomé
Quand son mollet gauche a commencé à « faire grève » pendant les promenades, Phildu a d’abord cru à une simple crampe. Mais derrière ces douleurs à la marche se cachait en réalité une AOMI (artériopathie obstructive des membres inférieurs), une maladie qui perturbe la circulation sanguine dans les jambes.
À 68 ans, ce membre Ambassadeur Carenity raconte avec son humour inimitable son parcours entre examens médicaux, jambes capricieuses, promenades stratégiques et adaptation du quotidien. Un témoignage drôle, touchant et profondément humain sur une maladie encore trop méconnue.
Bonjour @phildu, vous avez accepté de témoigner pour Carenity et nous vous en remercions.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Phildu, je suis retraité et j’ai 68 ans.
Je suis le père de cinq enfants et aujourd’hui l’heureux grand-père de quatre petits-enfants, qui me donnent une énergie que je ne soupçonnais plus avoir.
J’écris, j’ai publié cinq livres, je m’occupe de mes bonsaïs, je marche tous les jours et je passe aussi beaucoup de temps sur Carenity ainsi que sur mon groupe Facebook consacré à la BPCO.
Quels ont été les premiers signes ou symptômes qui vous ont alerté ?
Tout commence par une banale promenade.
Soudain, le mollet gauche se met en grève surprise. Une crampe ? Un coup de vieux précoce ? Un complot de la chaussure ?
On s’arrête, on regarde une vitrine d’un air mystérieux — la technique universelle du : « Je ne souffre pas, j’admire le paysage. » Puis ça repart. Sauf que quelques jours plus tard, l’aine droite décide de s’y mettre aussi. Là, on comprend que nos jambes ont formé un syndicat et qu’elles réclament des explications.
Comment s’est déroulé votre parcours jusqu’au diagnostic ?
Direction le médecin traitant. On lui explique que le côté droit boude et que le côté gauche pique une crise. Le doc sort son stéthoscope, tâte les chevilles, l’aine, fronce les sourcils et commence à parler de plomberie interne :
« Hmm… le tuyau principal semble un peu encrassé. On va aller vérifier la tuyauterie de plus près. »
Te voilà officiellement transformé en chantier de rénovation urbaine. L’ordonnance pour l’écho-Doppler est signée.
Arrivée chez l’angiologue pour le grand examen. On s’allonge, on te tartine les jambes de ce fameux gel bleu glacial — le truc qui te fait regretter de ne pas être resté au lit.
Et là, c’est le grand show : l’appareil commence à émettre des bruits de vagues ou de battements de cœur futuristes.
« Wich-wich-wich… »
Le médecin fixe son écran comme s’il regardait le dernier Star Wars, pointe un endroit à droite et lâche :
« Ah ! C’est bouché à droite ! »
Toi, tu paniques un peu :
« Captain, on coule ? »
Mais le médecin sourit :
« Mais non ! Regardez : votre corps a fait de la haute couture. Il a créé une déviation tout seul ! Un vrai GPS de l’espace. Par contre, à gauche… ça coince un peu. »
Tu repars de là avec tes clichés sous le bras, le pantalon qui colle encore un peu à cause du gel, mais avec une certitude : tes artères ont un sacré caractère.
Le diagnostic est posé : tu as officiellement un système de dérivation fait maison à droite… et un chantier de nettoyage à prévoir à gauche.
Bref, tu n’es pas juste un patient : tu es le fier propriétaire d’un véritable réseau autoroutier miniature !
Avez-vous rencontré des difficultés ou des retards dans la prise en charge de la maladie ?
Le plus grand impact sur la mobilité, c’est la transformation radicale de ta façon de marcher. Avant, tu allais simplement d’un point A à un point B. Aujourd’hui, c’est le mollet gauche qui décide du tempo.
Quand ça coince, pas question de grimacer : tu as développé la technique ultime de « l’amateur d’architecture ».
Tu t’arrêtes net devant une vitrine d’assurances, une boulangerie ou même un simple poteau, avec l’air profondément absorbé par la beauté des lieux. Les gens passent en se disant :
« Quel homme cultivé… il admire les détails de cette gouttière ! »
Alors qu’en réalité, tu attends juste que le sang retrouve son chemin.
Tu es devenu le roi du surplace stratégique.
Ton quotidien ressemble désormais à un véritable bulletin météo interne. Il y a les jours « grand soleil », où la déviation de l’aine droite fait des miracles et où le mollet gauche se tient à carreau.
Et puis il y a les jours « avis de tempête », où tu as l’impression de traîner une enclume à gauche et une vieille branche de séquoia à droite.
Planifier une sortie devient alors un exercice de haute stratégie, digne d’un général avant une bataille :
« Si je passe par cette rue, il y a une pente de 3 %. Trop risqué. Contournons par le plat ! »
Y a-t-il des activités ou habitudes de vie que vous avez dû adapter ou arrêter ?
Avant, s’occuper des plantes, c’était l’aventure : le grand espace, les sacs de terreau de 50 kilos portés à bout de bras et les allers-retours permanents dans le jardin.
Aujourd’hui, place au minimalisme de précision.
Les grands projets de verdure se sont transformés en formats plus… stratégiques. Je suis devenu le roi du séquoia miniature et du ficus de salon. L’avantage ? Pas besoin de courir un marathon pour tailler les branches : tout est à portée de main, sur le balcon, et chaque coup de sécateur est soigneusement calculé pour économiser les mollets.
On appelle ça l’art de la patience — et ça évite de se fâcher avec l’aine droite.
Les fourneaux : le chef ne court plus, il orchestre
En cuisine, fini le mode « coup de feu de restaurant étoilé » où l’on court du frigo au four en faisant des claquettes.
Maintenant, la préparation des repas se fait en mode gestionnaire de projet expérimenté. Avant de lancer les paupiettes, tout est préparé à l’avance sur le plan de travail.
Éplucher les pommes de terre ? Cela se fait désormais assis sur un tabouret haut, avec la dignité d’un roi sur son trône.
Et si quelqu’un a oublié le sel à l’autre bout de la pièce, c’est le moment d’activer les troupes — enfants ou petits-enfants de passage :
« Toi là-bas, mission commando : ramène le poivre ! »
Le chef orchestre. Les autres courent.
Les grandes expéditions familiales — et la gestion des troupes
Les réunions de famille avec toute la tribu, des grands aux arrière-petits-enfants, restent un bonheur… mais aussi un vrai défi logistique.
Les balades digestives où tout le monde sprinte derrière les ballons, c’est terminé. Désormais, j’ai imposé mon propre rythme de sénateur.
J’ai troqué le rôle de poursuiveur contre celui de « gardien du phare ». Pendant que la jeunesse s’éparpille dans tous les sens, moi, je marche à l’économie, j’observe le paysage et je veille à ce que personne ne perde le Nord.
Et si cela va trop vite ? Je dégaine ma carte joker :
« Attendez… je crois que j’ai vu un oiseau rare. Il faut absolument que je le prenne en photo ! »
Technique imparable.
Le grand arrêt : la chasse au stress
S’il y a bien une habitude qu’il a fallu abandonner, c’est celle de vouloir tout faire à fond de train.
Courir après un bus ? Qu’il parte, il y en aura un autre.
Se précipiter pour ouvrir la porte ? Ils attendront bien deux secondes de plus.
L’AOMI oblige à adopter une philosophie du « slow living ». J’ai dû apprendre à lever le pied — au sens propre comme au figuré — à prévoir des pauses mots croisés entre deux activités et à laisser le stress au vestiaire.
Au fond, je n’ai pas arrêté de vivre.
J’ai simplement appris à vivre autrement, avec un peu plus de style… et en prenant enfin le temps de regarder les détails que les autres, trop pressés, ne voient jamais.
Comment vivez-vous les douleurs, la fatigue ou les limitations liées à la maladie ?
La douleur au mollet est devenue une sorte de colocataire un peu pénible. Elle ne paie pas de loyer, mais elle donne son avis sur tout.
Tu veux aller chercher le pain en quatrième vitesse ? Elle se manifeste immédiatement :
« Holà, mon grand, où tu cours comme ça ? On s’arrête, on regarde les nuages, et on repart tranquillement. »
Au début, tu t’énerves contre elle. Aujourd’hui, tu négocies :
« Écoute, on fait encore 200 mètres jusqu’au banc là-bas, et je te promets qu’on s’assied pour faire une grille de mots croisés. Deal ? »
Généralement, elle accepte.
La fatigue liée à l’AOMI, c’est un peu le mode « économie d’énergie » du smartphone quand la batterie tombe à 15 %. Tu ne t’éteins pas complètement, mais toutes les options gourmandes sont désactivées.
Fini le multitâche frénétique !
Si tu prépares un bon petit plat, le cerveau coupe automatiquement l’option « grand ménage » pour la journée. Tu apprends à gérer ton stock d’énergie comme un vieux sage : chaque déplacement doit devenir rentable.
Si tu te lèves du canapé, c’est pour faire au moins trois choses utiles en un seul voyage.
Optimisation maximale.
Le plus difficile à accepter, au début, c’était de voir les autres avancer à toute vitesse pendant que toi, tu fonctionnes désormais en mode « procession ».
Les petits-enfants qui courent partout, les gens pressés dans la rue… au départ, cela agace.
Et puis, finalement, tu finis par te dire que ce sont peut-être eux qui ont un problème.
Pourquoi courir après le temps ?
Toi, tu as adopté la démarche du « Sénateur » : un pas tranquille, un regard calme, une allure posée. Tu as désormais le temps de remarquer que la voisine a changé ses rideaux, que le rosier du coin commence à fleurir… et tu arrives quand même à destination.
Au fond, l’AOMI, c’est un peu comme une météo capricieuse. On ne peut pas empêcher la pluie de tomber, mais on peut apprendre à marcher entre les gouttes avec un bon parapluie.
Cela demande du temps pour l’accepter, c’est vrai.
Mais une fois qu’on a compris le fonctionnement, on découvre quelque chose d’important : on va peut-être moins vite… mais on savoure deux fois plus le chemin.
Quel impact cette pathologie a-t-elle eu sur votre moral, votre vie sociale ou votre confiance en vous ?
Au début, le moral fait un peu la tête.
Tu te regardes dans le miroir en te disant :
« Bon… j’ai une artère bouchée à droite, un mollet gauche qui siffle… je suis officiellement un véhicule d’occasion avec beaucoup trop de kilomètres au compteur. »
Et puis, la fierté finit par reprendre le dessus.
Quand le médecin t’explique que ton corps a fabriqué sa propre déviation à droite, en mode « bricolage de génie », le moral remonte immédiatement en flèche :
« Attends une minute… je suis un super-héros, en fait ! Mon corps s’auto-répare comme un robot de science-fiction ! »
Tu passes alors du statut de « patient fatigué » à celui de « miracle de la nature ».
Forcément, ça pose son homme.
Qu’est-ce qui vous aide aujourd’hui à mieux vivre avec l’artériopathie oblitérante ?
Pour survivre à une tuyauterie qui a décidé de faire de la résistance, il faut savoir s’entourer des meilleurs outils… et surtout de la meilleure équipe.
Heureusement, aujourd’hui, j’ai mis en place un véritable plan de bataille digne d’un général en chef, avec des alliés de choc.
Voici donc la recette secrète de ma boîte à outils pour garder le sourire — et le pas léger.
Le traitement, d’abord. C’est un peu mon option « sécurité et performance ». Chaque matin, même rituel : on avale les petites pilules magiques censées fluidifier tout ça, pour que le sang glisse dans les artères comme sur un toboggan.
Et puis il y a les visites chez l’angiologue, ce grand moment de technologie où l’on écoute mes artères comme au radar.
Quand le médecin me confirme que ma déviation à droite tient bon et continue à faire le travail comme une véritable autoroute de secours, je ressors du cabinet avec la confiance d’un champion du monde.
À la maison, avoir une équipe solide change tout. À la tête du navire, j’ai une véritable capitaine qui veille au grain. Si j’ai le malheur de vouloir jouer les gros bras ou accélérer le rythme, le rappel à l’ordre est immédiat — et le regard particulièrement efficace.
Et quand toute la tribu débarque — enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants compris — tout le monde a intégré mon nouveau rythme de croisière.
Plus besoin de courir après les plus jeunes : ce sont eux qui s’adaptent.
Ils savent que si l’on part en balade, le chef de clan avance à son rythme, impose les pauses stratégiques… et que c’est totalement non négociable.
La marche, justement, est devenue une véritable mission.
Le médecin m’a dit :
« Il faut marcher pour forcer le corps à créer de nouvelles routes. »
Alors j’ai transformé chaque promenade en entraînement de haut niveau.
Le mollet gauche commence à tirer ? Pas de panique : je passe immédiatement en mode « observation du paysage ».
C’est incroyable le nombre de détails qu’on remarque lorsqu’on est obligé de s’arrêter toutes les dix minutes : le chat du voisin, les fleurs au coin de la rue, la couleur du ciel…
Mes promenades sont devenues de véritables safaris photo urbains.
Chaque pas est un petit pavé supplémentaire posé sur ma déviation naturelle.
Ce qui m’aide énormément aussi, ce sont mes passions — parce qu’elles, franchement, se moquent complètement de l’état de mes artères.
Quand je suis installé sur mon balcon à m’occuper de mes bonsaïs avec la précision d’un chirurgien, mes jambes sont au repos complet et mon esprit voyage ailleurs.
Même chose lorsque je m’attaque à une grille de mots croisés bien corsée : là, ce sont les neurones qui courent le marathon… et eux n’ont pas besoin de circulation collatérale pour trouver les réponses.
Au fond, ce qui m’aide le plus aujourd’hui, c’est d’avoir compris que la vie ne s’arrête pas simplement parce qu’un tuyau se bouche quelque part.
Entre une capitaine attentionnée, des moments de calme créatif, des médicaments bien réglés et des promenades à mon rythme, j’ai trouvé mon équilibre.
Je vais peut-être moins vite que les autres…
Mais j’ai une bien meilleure vue sur le paysage.
Quel message aimeriez-vous faire passer aux personnes concernées par cette maladie, mais aussi au grand public ?
Si votre artère principale a décidé de baisser le rideau, regardez ce que votre corps est capable de faire : il construit des déviations tout seul, sans attendre les subventions de l’État ni les autorisations de la mairie.
Vous êtes de véritables miracles de la nature, des chefs-d’œuvre d’auto-réparation.
Adoptez la démarche du Ministre.
Quand votre jambe coince au milieu du trottoir, ne baissez surtout pas la tête. Redressez-vous, fixez un point invisible à l’horizon… ou sortez votre appareil photo.
Vous n’êtes pas en panne : vous êtes simplement en pleine réflexion stratégique sur l’avenir du quartier.
Bougez, mais à votre rythme.
Marchez, taillez vos bonsaïs, cuisinez de bons petits plats en mode « chef d’orchestre assis », faites des mots croisés pour faire courir vos neurones à la place de vos jambes.
Bref, vivez avec style.
La vie ne va pas moins vite : c’est juste qu’on prend enfin le temps de la regarder de plus près.
En résumé : que l’on ait des artères en acier inoxydable ou des tuyaux un peu customisés « fait maison », le principal reste de continuer à avancer.
On ne maîtrise pas toujours la météo de nos jambes… mais on peut toujours choisir la couleur de son parapluie.
Alors, haut les cœurs !
Un grand merci à @phildu pour son témoignage !
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