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Spondylolisthésis et sport : le quotidien de Faustine, l’Athlète Cassée

Publié le 21 janv. 2026 • Par Candice Salomé

Faustine vit pour le mouvement depuis son enfance. Athlétisme, vélo, trail, sports de glisse… elle a toujours été attirée par ce qui bouge. Mais derrière sa passion se cache une réalité difficile : un spondylolisthésis diagnostiqué à 14 ans, accompagné d’une bascule de bassin. Entre douleurs chroniques, soins réguliers et adaptations constantes, Faustine raconte à Carenity comment elle a organisé sa vie autour de son corps et du sport.  

Son témoignage détaille les étapes, les choix difficiles, les adaptations, et le quotidien avec une douleur qui ne disparaît jamais complètement. Elle partage aussi ce qui lui permet de continuer à avancer, physiquement et mentalement. 

Spondylolisthésis et sport : le quotidien de Faustine, l’Athlète Cassée

Bonjour Faustine (@athlete_cassee), vous avec accepté de témoigner pour Carenity et nous vous en remercions.  

Tout d’abord, pourriez-vous vous présenter ? 

Je m’appelle Faustine. Je travaille dans le milieu du sport, plus particulièrement dans le secteur associatif, où je gère un service autour du sport loisir et de la santé, basé sur une pratique multi-activités accessible à tous les âges, avec une vraie dimension de lien social et intergénérationnel

Le sport fait partie de ma vie depuis l’enfance. C’est une passion, mais aussi un outil essentiel pour me sentir bien dans mon corps et dans ma tête

Je suis attirée par tout ce qui bouge : vélo (gravel et VTT), trail, sports de glisse (roller, surskate, surf) et renforcement musculaire pour entretenir le corps et le faire durer dans le temps… même si mon dos m’accompagne depuis l’adolescence avec son caractère bien trempé. 

Avec l'aimable autorisation de Faustine

Avec l'aimable autorisation de Faustine

Pouvez-vous nous raconter votre parcours sportif à l’adolescence et la place que le sport occupait dans votre vie à cette époque ? 

À l’adolescence, je pratiquais l’athlétisme, le triple saut et, principalement, l’heptathlon. J’aimais beaucoup ce côté compétition, le fait de me confronter à moi-même et aux autres, de progresser et de me fixer des objectifs. 

Le sport occupait une place centrale dans ma vie. Il m’a apporté, dès l’enfance et pendant toute l’adolescence, un véritable équilibre de vie : un cadre, de la confiance, une structure et un espace pour me sentir bien, physiquement comme mentalement. C’est aussi par le sport que j’ai construit certaines de mes plus grandes amitiés, des liens forts qui comptent encore aujourd’hui. 

À quel moment les premières douleurs sont-elles apparues, et comment les avez-vous interprétées au début ? 

Les premières douleurs sont apparues vers 13-14 ans. Au début, je les ai interprétées comme des douleurs liées à l’entraînement intensif : fatigue, courbatures, petits signaux que l’on apprend souvent à normaliser quand on est sportive ; ou alors à la croissance, quelque chose de fréquent chez beaucoup d’adolescents. 

Avec le temps, les douleurs sont devenues plus présentes, au point que je ne finissais pas toujours les entraînements. La question s’est alors posée : était-ce simplement lié à la croissance ou y avait-il un véritable problème derrière ? 

Quels examens et diagnostics ont été posés dans les premières années, et comment les avez-vous vécus à 14 ans ? 

Vers 14 ans, j’ai passé plusieurs examens pour comprendre l’origine des douleurs. Le diagnostic est alors tombé : un spondylolisthésis, auquel s’ajoutait une bascule de bassin de 16 mm. À cet âge-là, ce sont des mots compliqués, difficiles à vraiment comprendre, surtout quand on est sportive et que l’on a simplement envie de continuer à bouger. 

Je l’ai vécu avec une certaine distance. Je savais qu’il y avait « un souci », sans en mesurer les conséquences à long terme. J’étais suivie par des médecins du sport, ce qui m’a aidée à faire confiance, à relativiser et à continuer à avancer. À 14 ans, on s’adapte, on avance et on se projette peu… on vit surtout dans le présent

Comment s’est organisé votre quotidien entre le sport, les soins médicaux et la gestion de la douleur pendant toutes ces années ? 

Pendant des années, mon quotidien s’est organisé autour d’un équilibre entre sport, soins et adaptation. J’ai été suivie régulièrement en kinésithérapie, plusieurs fois par semaine pendant des années, avec beaucoup de travail de gainage. J’ai aussi dû porter une ceinture lombaire et faire attention à mon hygiène de vie, notamment en gardant un poids de forme

Certains sports m’ont été déconseillés jusqu’à la fin de la croissance afin d’éviter que le spondylolisthésis n’évolue. Au collège et au lycée, j’ai bénéficié de dispenses pour certaines activités, comme la gymnastique. Finalement, je l’ai vécu comme un défi plutôt stimulant : adapter ma pratique, ajouter une dose de rigueur et de stratégie. À l’époque, je n’étais pas très attirée par les sports collectifs, donc ces restrictions ne m’ont pas vraiment frustrée. 

Le sport est resté un allié, mon allié. 

Le sport semble avoir pris une place très particulière dans votre parcours : que représentait-il pour vous au-delà de la performance ? 

Au-delà de la performance, le sport a toujours été pour moi un véritable outil d’équilibre. Il me permettait de me sentir forte, capable, actrice de mon corps, même lorsque celui-ci imposait certaines limites. 

C’était aussi un vrai défouloir, un moyen d’évacuer les tensions, surtout lors des journées compliquées, au travail comme dans le quotidien. Le sport m’a aidée à garder une stabilité mentale, à prendre du recul et à ne pas me définir uniquement par la douleur ou le diagnostic. Plus qu’une recherche de performance, c’était une façon de me sentir vivante et alignée

Avec l'aimable autorisation de Faustine

Avec l'aimable autorisation de Faustine

Avec le temps, d’autres atteintes sont apparues. Lesquelles ? Et comment avez-vous ressenti cette accumulation de pathologies sur votre corps et votre mental ? 

Avec le temps, d’autres atteintes sont effectivement apparues. Quand on démarre avec une instabilité du dos aussi jeune, le corps vieillit plus vite que la normale. Vers 20-25 ans, j’ai commencé à connaître des périodes de crises, avec à chaque fois des contrôles IRM montrant une dégradation progressive des disques : discopathies dégénératives sur plusieurs étages, voire une quasi-perte discale sur les niveaux lombaires les plus bas. 

La bascule de bassin a aussi eu des répercussions sur les cervicales, avec des atteintes similaires. Au fil des années et des crises, j’ai appris tout un nouveau vocabulaire médical : classification de Pfirrmann, arthrose, arthropathies zygapophysaires, protrusions et hernies discales, sténose, rétrécissements foraminales, fissures de l’annulus… Autant de mots qui traduisent une réalité bien concrète dans le corps

Jusqu’à mes 35 ans, j’ai plutôt bien géré ces périodes difficiles, avec sans doute une tolérance à la douleur au-dessus de la moyenne. Puis il y a eu un vrai moment de ras-le-bol ! Arrêter à chaque crise, reprendre, ne plus réussir à tenir des objectifs sportifs, courir après une régularité qui échappait sans cesse… J’ai alors essayé de lever le pied sur le sport… et là, le corps et le mental m’ont clairement rappelée à l’ordre. Sans mouvement, c’était pire. J’ai donc passé ce cap, accepté cette réalité et relancé la machine autrement. 

J’ai fini par comprendre que ce dos était mon compagnon de route, parfois franchement pénible, mais avec lequel je devais apprendre à composer plutôt qu’à lutter en permanence

Vous avez vécu longtemps avec la douleur : à quel moment avez-vous réalisé que ce que vous viviez n’était pas “normal” ? 

Honnêtement, je ne suis pas sûre d’avoir un jour vraiment réalisé que ce n’était pas « normal ». Pour moi, tout le monde a mal au dos. On entend les gens s’en plaindre en permanence. De mon côté, la douleur était là du matin au soir, mais je pensais que ça faisait partie de la vie, surtout en avançant en âge. 

Je ne voyais pas pourquoi ma douleur serait différente de celle des autres : juste un peu plus intense, un peu plus fréquente… mais acceptable, en tout cas pour ma tolérance. 

Qu’est-ce qui a marqué le tournant décisif ces derniers mois et vous a amenée à envisager l’opération ? 

Le tournant s’est fait quand la douleur a commencé à impacter mon quotidien, et pas seulement le sport. Avoir du mal à monter les escaliers, à s’asseoir, à mettre ses chaussettes, ça arrive en période de crise. Mais quand ça devient régulier, là, on s’inquiète. 

Petit à petit, je n’arrivais plus à courir, à allonger le pas, à faire du vélo normalement. Chaque montée devenait un calvaire. Même en randonnée, j’ai senti que la montagne ne me « gagnait » plus par effort, mais que quelque chose bloquait vraiment, surtout dans la jambe gauche, qui finissait par lâcher. 

Après plusieurs mois sans amélioration, j’ai consulté. On a tout vérifié : muscles, circulation, genou, cerveau, moelle épinière… un vrai parcours du combattant, pour finalement confirmer que ce fameux spondylolisthésis, mon coloc de toujours, bougeait en permanence et commençait à provoquer des dégâts potentiellement irréversibles

Comment avez-vous vécu la décision de l’arthrodèse ? 

La décision a été lourde, bien sûr, même si, depuis mes 14 ans, on me parlait déjà de cette opération en me disant qu’un jour j’y viendrais. Aujourd’hui, ce n’était plus une question d’envie, mais de nécessité. Continuer comme ça signifiait accepter une perte définitive

Bien sûr, quand on peut éviter une opération, on le fait. Mais quand il existe une solution médicale pour stopper la dégradation, pourquoi prendre le risque d’aller trop loin ? En quelques mois, la perte musculaire était déjà estimée à 65 %. Je n’ose même pas imaginer ce que cela aurait donné en attendant davantage. 

Il faut aussi être lucide : l’opération permet d’arrêter la dégradation, mais rien ne garantit une récupération totale. Et avec un dos déjà très abîmé au-dessus, on m’a clairement parlé d’années « tranquilles » avant d’avoir, peut-être, à reparler de tout ça… j’espère dans plus de dix ans. 

Une semaine après l’opération, comment vous sentez-vous physiquement et moralement, et qu’est-ce qui vous encourage le plus aujourd’hui ? 

Physiquement, je vais étonnamment bien. Il faut être rigoureuse pendant deux mois : pas de torsion, pas de flexion, ce qui demande de la patience, mais je n’ai pas de vraies douleurs. Moralement, c’est très positif. 

Il est encore trop tôt pour savoir comment tout évoluera à long terme, mais le fait de marcher déjà plus de 5 km par jour, à une semaine post-opératoire, est extrêmement encourageant

Je me suis même déjà fixé un objectif pour 2026 : participer aux championnats de France de Gravel, même si, pour l’instant, tout se fait au ralenti et qu’il est essentiel de ne surtout pas brûler les étapes pour y arriver. 

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre corps, après toutes ces années d’adaptation et cette étape chirurgicale ? 

Aujourd’hui, je porte un regard plus respectueux et plus lucide sur mon corps, en sachant qu’il peut encore me réserver des surprises. Cette opération marque une nouvelle étape, presque un nouveau départ : repartir de zéro, apprendre à fonctionner autrement avec ce dos. 

Le coloc est toujours là, toujours exigeant au quotidien, mais la relation est plus claire. Il demande de l’attention, de la rigueur, et, en échange, il me permet d’avancer. 

Si vous deviez partager un message à des personnes jeunes, sportives ou douloureuses chroniques, quel serait-il ? 

Surtout, n’arrêtez pas le sport, même dans les moments difficiles. Le mouvement, c’est la vie ! Il faut parfois adapter, ralentir, changer de pratique, mais rester en mouvement est essentiel, autant pour le corps que pour le mental. 

Écoutez-vous, entourez-vous de professionnels et n’abandonnez pas ce qui vous fait du bien. 

Un dernier mot ? 

Une grande partie de la douleur se joue aussi dans la tête. Alors, vivez, bougez, pensez un peu moins à vos douleurs… et profitez-en davantage. 

Un grand merci à Faustine pour son témoignage !

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Prenez soin de vous !

avatar Candice Salomé

Auteur : Candice Salomé, Rédactrice Santé

Créatrice de contenus chez Carenity, Candice est spécialisée dans la rédaction d’articles santé. Elle a une appétence particulière pour les domaines de la psychologie, du bien-être et du sport.

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