Quand le corps dit stop : le récit de Caroline confrontée au burn-out
Publié le 28 janv. 2026 • Par Candice Salomé
À 50 ans, maman solo de deux adolescents et active dans le milieu culturel, Caroline a connu ce que beaucoup craignent mais rarement osent raconter : l’épuisement total, physique et mental, entraîné par un environnement de travail toxique et une surcharge incessante. Entre crises de nerfs, AIT non diagnostiqué et douleurs chroniques, elle s’est retrouvée face à un corps qui refusait d’avancer et à un mental au bord de l’effondrement.
Pourtant, loin de se limiter à la souffrance, ce parcours lui a permis de réinventer son quotidien, de renouer avec ses passions, et de transformer sa détresse en expression créative à travers le dessin. Dans ce témoignage sans filtre, Caroline dévoile comment elle a navigué entre les signaux d’alerte, le burn-out diagnostiqué, et les mois d’arrêt nécessaires pour écouter son corps, explorer ses besoins profonds et se reconstruire.
Bonjour Caroline, vous avez accepté de témoigner pour Carenity et nous vous en remercions.
Tout d’abord, pourriez-vous commencer par vous présenter ?
Bonjour, je m’appelle Caroline et j’ai 50 ans. Je suis maman solo de deux adolescents : une fille de 17 ans et un garçon de 14 ans. Je travaille dans le milieu de la culture. Je suis passionnée par l’art sous toutes ses formes et j’ai une soif constante d’apprendre. J’aime le cinéma, les romans graphiques, le théâtre, la nature et les animaux.
Pouvez-vous nous raconter dans quel contexte professionnel les premières difficultés sont apparues ?
Au travail, j’ai d’abord eu un manager toxique, hyper contrôlant, menteur et sournois. J’ai subi une forme de harcèlement, ainsi que des rumeurs colportées.
Heureusement, ce manager est parti de lui-même, mais j’ai ensuite dû faire face à un turn-over incessant de managers peu compétents, sans expérience du terrain, qui laissaient l’équipe gérer seule.
Suite à ces dysfonctionnements, je me suis retrouvée à tenir une structure entière avec mes collègues. Une fatigue intellectuelle et physique intense a suivi. Le résultat a été une surcharge massive de travail : huit semaines d’heures supplémentaires pour un poste à mi-temps.
Quels signaux, physiques ou psychologiques, avez-vous commencé à ressentir avant que la situation ne devienne critique ?
Au moment de la surcharge, j’ai fait un AIT (accident ischémique transitoire). Il a été mal diagnostiqué et reconnu trois mois plus tard.
J’ai continué à travailler malgré une fatigue extrême et des sensations corporelles anormales, puis sont apparues des douleurs chroniques et des infections à répétition.
Psychologiquement, j’étais en surrégime permanent, comme shootée à l’adrénaline, avec une irritabilité constante et une émotivité à fleur de peau.
Après un an et demi de douleurs, le médecin m’a proposé l’arrêt de travail, que j’ai d’abord refusé.
Comment avez-vous vécu le moment où votre corps et votre mental ont fini par lâcher ?
Suite à une altercation au travail, j’ai fait une crise de nerfs violente. Je me suis effondrée en pleurs. Je lâchais tout.
Le médecin a posé le diagnostic de burn-out : un épuisement physique et psychique. J’ai choisi un suivi psychologique spécialisé, sans antidépresseurs.
Quel a été votre ressenti lorsque le diagnostic de burn-out a été posé ?
J’étais la quatrième personne de la structure à faire un burn-out. Je savais que j’étais en danger, sans savoir comment m’arrêter.
Après l’arrêt, je me suis sentie honteuse, faible et perdue.
L’arrêt marque la fin de la pression, mais aussi le début d’une chute intérieure.
Comment se sont déroulés les mois d’arrêt qui ont suivi et qu’est-ce que cette période vous a apporté ?
J’ai tenté de continuer des cours du soir, comme une illusion de normalité, jusqu’au moment où j’ai tout arrêté.
C’était ça ou mourir.
Le RIEN m’a permis de reprendre conscience de mon corps et de mes besoins. La nature, la contemplation et l’absence de culpabilité m’ont profondément aidée.
Les groupes de soutien ont été essentiels pour comprendre les mécanismes du burn-out et amorcer une introspection.
Quelle place ont pris le dessin et l’humour dans votre cheminement et votre reconstruction ?
J’ai ressenti le besoin de rendre visible une maladie invisible à travers le dessin.
C’est ainsi qu’est né @moietmonburnout, devenu un espace de mise à distance, de partage et de création, jusqu’à la reprise en mi-temps thérapeutique après 19 mois.
Créer est devenu un médicament. Aujourd’hui, j’ose des projets que je ne m’autorisais pas avant.

Avec l'aimable autorisation de Caroline
En quoi le fait de partager votre expérience et d’échanger avec d’autres personnes concernées vous a-t-il aidée ?
Le burn-out isole profondément. Partager permet de comprendre ses schémas profonds et la trajectoire du burn-out, du déni à l’intégration.
Quel rôle ont joué les professionnels de santé et les différents soins dans votre prise en charge ?
J’ai consulté de nombreux professionnels. Cela a eu un coût financier important, mais nécessaire pour être soulagée.
Les soins corporels m’ont réconciliée avec mon corps, et le suivi psychologique m’a permis de comprendre les causes profondes.
Comment vivez-vous le regard porté sur le burn-out et les idées reçues qui l’entourent ?
Le burn-out est le miroir d’un système qui broie. La victime est souvent rendue responsable.
Il est urgent que la honte change de camp et que les entreprises prennent leurs responsabilités.
Aujourd’hui, avec le recul et la reprise en mi-temps thérapeutique, qu’aimeriez-vous transmettre aux personnes qui traversent une situation similaire ?
Ne pas rester seul, accepter l’aide spécialisée et faire le choix du RIEN.
Questionner le sens du travail, les schémas hérités et oser se remettre au centre de sa vie.
Un dernier mot ?
Merci de m’avoir donné la parole. Parler du burn-out est essentiel.
Rendez-vous sur Instagram @moietmonburnout pour découvrir mes dessins.
Un grand merci à Caroline pour son témoignage !
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Prenez soin de vous !
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