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Vulgariser pour mieux soigner

8 janv. 2018

Vulgariser pour mieux soigner

Une étude montre que les médecins doivent adapter leur vocabulaire et délaisser le jargon médical car il brouille la communication avec les patients.

question

"Lésion", "métastase", "biopsie"… Pour les patients, ces termes du jargon médical ne désignent parfois rien de concret. Pire, ils peuvent être "source d’angoisse inutiles", relève une étude parue dans British Dental Journal.

Après avoir interrogé une centaine de patients de 15 à 87 ans assis en salle d’attente, des médecins du King’s College Hospital de Londres (Royaume-Uni) se sont aperçus que le mot "bénin" (sans gravité) et "lésion" (anomalie) sont les termes les moins bien compris. Si deux tiers des personnes interrogées les définissent, plus d’un quart avoue ne pas savoir. De même, le mot "malin" (opposé de "bénin") était inconnu pour une personne sur quatre. À l’inverse, ils connaissent davantage le mot "ulcère" (plaie dans l’estomac ou la peau) ou "biopsie" (faire un prélèvement).

Les auteurs soulignent que le questionnaire était volontaire. Il est donc possible que les participants ayant accepté de le remplir avaient une connaissance médicale plus importante que la population générale. De ce fait, ils estiment que les résultats obtenus sous-estiment l’incompréhension des malades.

"'Bénin' et 'malin' ne sont pas des mots assez précis. Les patients ou les proches veulent savoir si c’est grave ou non, commente le Dr Corinne Perdrix, médecin généraliste à Villeurbanne et maître de conférences associée à la faculté de médecine Lyon-Sud qui n’a pas participé à l’étude. Par exemple, au lieu de parler de tumeur bénigne, il faut dire clairement que ce n’est pas un cancer."

Trop de jargon tue le jargon

Responsable d’ateliers de communication à l’université, le Dr Perdrix apprend aux futurs médecins à utiliser des mots simples et à dialoguer avec les patients. Elle leur enseigne notamment à écouter le patient, à reformuler ses propos et vérifier sa compréhension. Des techniques ensuite utilisées lors de jeux de rôle avec les étudiants. "Cette expérience de jeux de rôle a, pour ma part, changé ma pratique alors que j’exerçais depuis quinze ans, raconte-t-elle. En me mettant dans la peau d’une jeune fille de 17 ans souhaitant prendre la pilule pour la première fois, j’ai réalisé que les médecins donnent trop d’informations en utilisant des termes compliqués, et surtout ne prennent pas le temps de vérifier que le patient a compris."

Un trop-plein d’informations scientifiques qui vient souvent d’un désir de bien faire, d’informer au mieux le malade. Mais pour un public non averti, le jargon médical, même assorti d’une explication exhaustive, reste obscur. "Un malade n’osera jamais dire à son médecin qu’il n’a pas compris, bien qu’il devrait être encouragé à poser des questions. Il faut donc l’interroger sur ce qu’il a compris", insiste le Dr Corinne Perdrix.

La généraliste souligne qu’il en va de la santé des malades. De fait, la communication est au cœur de l’observance et l’éducation thérapeutique en particulier dans le cas des maladies chroniques comme le diabète. Un patient qui ne comprend pas sa maladie ou ses traitements sera plus susceptible d’être victime de complications ou d’effets indésirables. "Être un bon communicant fait partie des compétences qu’un médecin doit développer, au même titre que connaître certains gestes techniques, et ce quelle que soit la discipline", glisse la maître de stage.

Et vous, que pensez-vous de la communication des médecins ? Avez-vous déjà eu des problèmes de compréhension ? 

Le Figaro Santé

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