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Sans eux, plus de surpopulation carcérale : le casse-tête des malades mentaux en prison

31 juil. 2018

Sans eux, plus de surpopulation carcérale : le casse-tête des malades mentaux en prison

Ils représenteraient un quart de la population carcérale mais nombre d'entre eux n'auraient rien à faire en prison : l'explosion du nombre de détenus souffrant de troubles psychiques repose la question de la prise en charge de la maladie mentale.

prison-maladie-mentale

Le nombre total de détenus dans les prisons françaises, qui souffrent d'une surpopulation chronique, a atteint en juillet un nouveau record avec 70.710 personnes incarcérées. "Votre ministère pourrait s'épargner de construire 15.000 places de  détention nouvelles (chiffre revu à la baisse avec 7.000 places prévues d'ici 2022) en vidant une partie de vos établissements de détenus qui n'ont rien à y faire" écrivaient en décembre à la garde des Sceaux les membres d'un collectif où figurait l'ex-ministre et ex-membre du Conseil constitutionnel, Monique Pelletier. 

"La révolution psychiatrique des années 1960-70 a fermé par dizaine de milliers les lits d'hospitalisation à caractère asilaire. Les progrès des chimiothérapies ont permis de prendre en charge une partie des patients dans des structures extra hospitalières mais les soins ambulatoires ne suffisent pas (...) on vide les hôpitaux et on remplit les prisons", ajoutait le collectif. Un constat partagé par le docteur Fadi Meroueh, chef de service de l'unité sanitaire d'une maison d'arrêt de l'Hérault, pour qui la division par cinq du nombre de lits de psychiatrie en quarante ans (de 170.000 à 35.000 en 2015) "correspond à l'augmentation de ces mêmes patients en prison, sachant, rappelle-t-il, qu'un malade mental coûte 110 euros/jour en prison et 500 euros/jour à l'hôpital".

"Frénésie sécuritaire"

En 2004, la dernière enquête épidémiologique nationale sur les troubles psychiatriques en milieu carcéral comptabilisait 8 hommes et 7 femmes sur 10 présentant au moins un trouble psychiatrique et 25% un trouble psychotique (troubles de la réalité, comme la schizophrénie). "On n'est pas en Union soviétique, que diable!", a dénoncé l'ex-contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) Jean-Marie Delarue, exprimant son malaise face à ces chiffres lors d'un colloque fin juin au Sénat sur la psychiatrie en prison.

Pour le sociologue Sébastien Saetta, membre de l'Observatoire international des prisons (OIP), cet afflux de malades mentaux en prison s'explique aussi par une "frénésie sécuritaire" de la justice pénale, devenue "centre de gravité d'un contrôle social". "Les malades mentaux, souvent dans des situations de fragilité sociale, peuvent vociférer, outrager, consommer des stupéfiants ou conduire en état d'alcoolémie et, partant, se retrouver enfermer. Quand l'un casse une vitre, on ne voit plus aujourd'hui une personne en détresse, un psychotique qui décompense et a besoin de soin mais un fou dangereux, un criminel potentiel qui suscite la peur et dont on doit protéger la société, fait-il valoir. Pourtant, seuls 3% des auteurs d'homicides ou d'actes de violences sexuels sont atteints de troubles mentaux."

"Depuis les années 2000, la maladie mentale n'est plus abordée sous l'angle de la vulnérabilité mais de la dangerosité. Le soin n'est plus vu comme un moyen d'apaiser la souffrance mais d'étendre la surveillance", abonde Juliane Pinsard, secrétaire général du syndicat de la magistrature (SM, gauche). L'actuelle CGLPL, Adeline Hazan pointe, elle, le rôle des comparutions  immédiates et des détentions provisoires qui ne cessent d'augmenter. "Tout se passe vite: un avocat désigné d'office, pas le temps d'étudier un dossier et si, par hasard, une expertise psychiatrique est ordonnée, elle n'est pas suspensive: la personne est incarcérée", dit-elle.

"Stigmatisés"

"Depuis 2014, la loi permet de tenir compte d'une altération du discernement mais cela s'est révélé contre-productif, les juges, considérant cela comme un signe de dangerosité, ont aggravé les peines", constate la CGLPL. Or, "la prison ne peut être un lieu de soin", insiste-t-elle, soulignant que les surveillants eux-même confient leur incompréhension face à la présence de certains malades mentaux en prison. Pourtant, face à l'afflux de cette nouvelle population, la pénitentiaire a tenté de s'adapter avec une palette de prises en charge: il existe aujourd'hui notamment 26 services médico-psychologiques régionaux (SMPR) au sein des établissements pénitentiaires et 9 unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA hôpital psychiatrique sécurisé par la pénitentiaire), mais la couverture des 187 établissements pénitentiaires reste inégale. Et la relation soignants/administration reste tendue, cette dernière privilégiant souvent la sécurité sur le soin ou sur le respect du secret médical.

"En prison, les malades mentaux sont plus facilement placés en quartier disciplinaire, obtiennent moins de libérations conditionnelles, ont moins facilement accès au travail. Près de 50% interrompent leur traitement, stigmatisés par les autres détenus, et ils sont deux fois plus nombreux à subir des violences", constate David Touitou, psychiatre, chef de service à 
l'UHSA de Villejuif.

Alors que faire? Si l'OIP plaide contre l'incarcération et pour la sortie de ces malades, beaucoup reconnaissent la difficulté actuelle de leur prise en charge hors des murs, dans un contexte de crise de la psychiatrie. A Marseille, Médecins du Monde doit lancer en 2019 un programme expérimental inspiré du Québec, qui proposera à des malades psychiques sans-abris un 
accompagnement sanitaire et social pour éviter l'incarcération

Commentaires

le 18/09/2018

Oui oki super mais les hp sont déjà blindees...

La population n'a pas non plus de quoi se loger...

Les urgences sont en train d'exploser..

C'est partout le bordel!!!!

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