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Reims : le CHU favorable à un "arrêt des traitements" de Vincent Lambert

Publié le 10 avr. 2018

Reims : le CHU favorable à un

Le sort de l’ancien infirmier, dans un état végétatif depuis 2008, déchire sa famille, qui a désormais dix jours pour contester cette décision devant la justice administrative.

C’est une nouvelle étape dans un feuilleton qui en a déjà connu beaucoup. Le docteur Vincent Sanchez, le médecin chargé de Vincent Lambert au CHU de Reims (Marne), a estimé, lundi 9 avril, que le patient de 41 ans, en état végétatif depuis un accident de la circulation en septembre 2008, se trouvait en situation d’"obstination déraisonnable". Comme le permet la loi Claeys-Leonetti sur la fin de vie, il s’est prononcé en faveur d’un "arrêt des traitements", c’est-à-dire d’un arrêt de la nutrition et de l’hydratation artificielles qui maintiennent ce patient en vie depuis presque dix ans. Cette décision, prise à l’issue d’une procédure collégiale de cinq mois, est la troisième en ce sens en cinq ans.

Le docteur Sanchez a annoncé aux membres de la famille, divisés sur le sort de leur proche tétraplégique, victime de lésions cérébrales irréversibles, qu’il leur laissait dix jours pour contester cette décision devant la justice administrative. Pierre et Viviane Lambert, les parents de Vincent Lambert, proches des catholiques intégristes de la Fraternité Saint-Pie X et opposés à tout arrêt des traitements, ont rapidement fait part, par la voix de leur avocat, Me Jérôme Triomphe, de leur intention de saisir en référé-liberté le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne. S’ils n’obtenaient pas gain de cause, ils pourraient saisir en appel le Conseil d’Etat, puis la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui se sont déjà prononcés sur la légalité de cette décision d’arrêt des traitements.

« Absurdité »

"Tout le monde a compris l’absurdité de la situation, cette fois-ci les juges vont aller rapidement, je ne pense pas qu’ils seront les bras armés des pro-vie", assure au Monde François Lambert, neveu de Vincent Lambert, favorable à un arrêt des traitements, tout comme Rachel Lambert, l’épouse de Vincent Lambert et sa tutrice légale depuis septembre 2016. "Tout a été fait dans les règles, il n’y aura pas besoin d’une nouvelle expertise", ajoute-t-il, percevant "une volonté du docteur Sanchez d’appliquer cette décision, avec le soutien du CHU".

Dans un communiqué publié quelques minutes après l’annonce du CHU de Reims, une organisation se présentant comme les « amis de Vincent Lambert » a condamné une "décision scandaleuse d’euthanasie". "Au-delà de Vincent, cette grave décision aura des répercussions sur des centaines de patients dans le même état", fait-elle valoir.

Au cœur du conflit opposant les deux parties de la famille se pose la question de la volonté de Vincent Lambert, qui n’a pas laissé de directives anticipées et n’a pas désigné de personne de confiance dont l’avis aurait compté plus qu’un autre. Sa femme, son neveu et des frères et sœurs affirment qu’il avait dit ne pas vouloir vivre en état de dépendance. Ses parents jugent qu’il a montré une "farouche volonté de vivre" en restant en vie malgré un arrêt d’alimentation de trente et un jours au printemps 2013. Une survie qui peut aussi s’expliquer par le fait qu’il avait alors continué à être un peu hydraté.

Ce premier arrêt des traitements avait été interrompu par le tribunal administratif, car le docteur Eric Kariger, alors chargé de Vincent Lambert, n’avait pas dûment informé les parents de son choix d’enclencher cette procédure.

Le 11 janvier 2014, une deuxième décision d’arrêt des traitements est annoncée. Le tribunal, de nouveau saisi par les parents, préfère alors ordonner la poursuite des traitements afin de laisser au Conseil d’Etat, saisi en appel par l’épouse de Vincent Lambert, le soin de se prononcersur le fond. La plus haute juridiction administrative confirme le 24 juin 2014 la légalité du processus d’arrêt des soins. Et le 5 juin 2015, la CEDH, saisie en appel par les parents, juge que la décision du Conseil d’Etat ne viole pas le "droit à la vie" de Vincent Lambert.

Le docteur Kariger ayant quitté ses fonctions, la docteure Daniela Simon, qui lui a succédé à la tête de l’unité de soins palliatifs, décide le 10 juillet d’engager une troisième procédure collégiale. Procédure interrompue à la surprise générale le 23 juillet, au motif que "les conditions de sérénité et de sécurité nécessaires à sa poursuite […] n’étaient pas réunies". Le 19 juillet 2017, le Conseil d’Etat a jugé "illégale" cette suspension, d’où le nouveau processus enclenché en septembre par le docteur Sanchez, successeur de la docteure Simon.

Et vous, quel est votre avis sur ce triste feuilleton ? 

Le Monde

9 commentaires

maya78
le 10/04/2018

peut etre que si chaque medecin traitant posait la question à ses patients bien avant qu'il ne soit trop tard ça résoudrait les conflits ?

laisser ses volontés par écrit au médecin à charge pour lui de transmettre.

dinouille
le 11/04/2018

Je pense qu'il est temps de le laisser partir en paix.

KALUTARA
le 11/04/2018

Mylane33

comportement " honteux " de la part des Parents de Vincent qui, au nom de " la religion " passent au dessus des désirs de leur fils mais aussi de la décision de son épouse....Ca n'est plus un question d'Amour c'est l'idiotie de ces soit disant Croyants!!!....quelle absurdité d'être ainsi " aveuglés " Pauvre Vincent....laissez le partir dans la paix et le repos éternel....Je suis sincèrement écoeurée par cette affaire................. 

dinouille
le 11/04/2018

@KALUTARA‍ Bonsoir,tout à fait de ton avis,c'est de l'acharnement thérapeutique rien de plus.10 ans sa fait long surtout qu'elle savait que la médecine ne pouvait plus rien faire pour lui.En plus sa à couter combien ces 10 années de soin comme ça?Tout ça pour pas perdre son fils,il est declarer cliniquement mort alors qu'elle le laisse en paix.

KALUTARA
le 11/04/2018

Merci pour votre réponse Dinouille...Bien sur que l'on peut se poser l

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