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Prédire les maladies à partir du génome : ce qui est possible et ce qui ne l'est pas

9 juil. 2015 • 3 commentaires

Prédire les maladies à partir du génome : ce qui est possible et ce qui ne l'est pas

Anticiper une maladie à partir de la seule lecture du génome est possible pour les maladies rares.
Pour les pathologies courantes, seul un diagnostic précoce reste envisageable.

Connaître son destin fascine les êtres humains depuis longtemps. Chez les Romains, les devins cherchaient la réponse dans les entrailles des animaux. De nos jours, on interroge le génome. Porteuse d'une mutation de gènes prédisposant au cancer du sein et des ovaires, l'actrice Angelina Jolie a largement médiatisé cette possibilité, en annonçant en mars dernier avoir choisi une ablation préventive des ovaires par crainte du cancer. Voilà deux ans, la star avait déjà subi une ablation des seins à l'issue d'une analyse de son génome.

Créée par Anne Wojcicki, l'épouse d'un des fondateurs de Google, la société 23andMe se faisait forte pour 99 dollars de prédire au simple citoyen, à partir de son ADN, les maladies qui allaient l'affecter, jusqu'à ce que les autorités de santé américaines (FDA) ne s'en mêlent et ne le lui interdisent pour publicité mensongère en 2013.

Car prédire à quelqu'un en bonne santé, de façon certaine, de quelle maladie il va souffrir, à partir de la seule lecture de son génome, n'est possible que dans des cas très restreints. « Les seules maladies pour lesquelles une telle prédiction est fiable sont celles où la composante génétique est déterminante, par exemple la mucoviscidose, la drépanocytose (maladie du sang) ou la maladie de Huntington, (maladie neurodégénérative) », explique Catherine Bourgain, généticienne à l'Inserm. Et ce sont des maladies rares (touchant moins d'une personne sur 2.000). 23andMe a ainsi obtenu en février le feu vert de la FDA pour son test de détection du syndrome de Bloom (1 personne sur 48.000) mais ce n'est pas ainsi qu'elle gagnera sa vie. Elle a d'ailleurs réorienté son modèle vers le commerce des données génétiques avec comme clients Roche (sur Parkinson) ou Pfizer (sur une maladies auto-immunes) mais à des fins thérapeutiques et non de diagnostic.

A la différence des maladies génétiques, les maladies courantes comme le diabète, le cancer, l'asthme etc. sont multifactorielles, c'est-à-dire que le poids de la génétique n'est pas prédominant. Tout ce qu'on peut alors déduire de la lecture du génome, c'est une probabilité de développer telle ou telle maladie. Même dans le cas particulier des gènes BRCA1 et BRCA2 (comme chez Angelina Jolie) où l'augmentation du risque peut atteindre 60 %, il ne s'agit pas d'une certitude. « Le plus souvent, on est dans une situation où des modifications mineures sur de nombreux gènes peuvent être impliqués dans l'apparition de la maladie, sans qu'on puisse évaluer clairement leur contribution car l'environnement influe aussi au fil du temps sur les gènes », explique Catherine Bourgain.


Détecter l'ADN d'une tumeur

Et cela, même pour les maladies qui ont une composante familiale, car les gènes ne sont pas seuls à être transmis au sein d'une famille. Les parents et les enfants ont en commun un mode de vie et un environnement qui participent aussi à l'apparition d'une même maladie. Prédire une maladie sur la base exclusive de données génétiques n'a donc pas de sens la plupart du temps.

Sans compter que, même dans les situations pertinentes, on doit se poser la question du bien-fondé d'une telle démarche, s'il n'y a pas de traitement disponible ou si la personne ne souhaite pas savoir. Et il faut aussi s'interroger sur l'usage qui pourrait être fait du résultat de tels tests en dehors de la sphère médicale (voir ci-contre).

Il en va différemment des tests qui permettent la détection précoce d'une maladie chez une personne ne présentant pas de symptômes. C'est surtout dans le domaine des cancers que cette démarche est développée. Il s'agit dans ce cas de détecter de l'ADN dont les mutations témoignent de la présence d'une tumeur. C'est alors l'ADN de la tumeur qui est l'objet du test. Actuellement réalisés à partir de biopsies cette détection devrait, à un horizon assez proche, (voir ci-dessous) être possible à partir d'une simple prise de sang.

LesEchos.fr

Commentaires

le 09/07/2015

Très interessant Julien.

le 10/07/2015

Pour ma part, j'aimerais bien connaître mon génome et ses zones à risques éventuels. Si cela avait été possible il y a quelques années déjà, lorsque les premiers signes cliniques de la maladie de Basedow sont apparus... certains médecins, au lieu de me dire et de me répéter que tout cela était dans ma tête et qu'il fallait me calmer, auraient vu que la thyroïde pouvait être en cause grâce à certaines modification dans le secteur HLA (je cite de mémoire). Ils auraient donc pu intervenir avant que je ne sois "en crise" et cela m'aurait sans doute évité quelques dégâts notamment aux yeux et au cœur.
Je suis de ceux qui pensent que tout le monde devrait connaître son génome afin de modifier son mode de vie en conséquence et éviter les facteurs environnementaux dommageables compte-tenu des "faiblesses" apparentes du génome. Mais pour cela il faudrait des médecins qui sachent expliquer les faits aux patients, sans rien exagérer et sans rien minimiser non plus. Les patients sont plus intelligents qu'on le croit généralement quand on leur parle de leur santé et de leurs intérêts mais pour cela il faudrait entraîner les médecins à dialoguer intelligemment avec leurs patients...

le 10/07/2015

Bonjour Dame de Pic

C'est très intéressant cette publication concernant le génome et de l'intérêt à ce que nous puissions avoir chacun de nous connaissance, dans la mesure du possible, des caractéristiques du nôtre.

Espérons que dans un futur proche on en vienne à reconnaître l'utilité de cette "documentation" supplémentaire que pourrait contenir chacun de nos dossiers médicaux de base et donc forcément gagner du temps sur les examens et observations ultérieurs à une prise en  charge d'ordre médicale ou chirurgicale.

Je partage dès lors totalement votre point de vue sur la question à savoir que :

"...........que tout le monde devrait connaître son génome afin de modifier son mode de vie en conséquence et éviter les facteurs environnementaux dommageables compte-tenu des "faiblesses" apparentes du génome. Mais pour cela il faudrait des médecins qui sachent expliquer les faits aux patients, sans rien exagérer et sans rien minimiser non plus. Les patients sont plus intelligents qu'on le croit généralement quand on leur parle de leur santé et de leurs intérêts mais pour cela il faudrait entraîner les médecins à dialoguer intelligemment avec leurs patients..."

Dalhia 24

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