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Médicaments: la pub rend l'effet placebo plus puissant

9 oct. 2015 • 4 commentaires

Médicaments: la pub rend l'effet placebo plus puissant
Lors des essais cliniques, les patients qui testent un faux traitement sans le savoir sont de plus en plus nombreux à le trouver efficace. Presque autant que ceux qui reçoivent le vrai médicament. Un phénomène auquel les chercheurs ont trouvé une explication surprenante.
 
L'effet placebo est de plus en plus puissant. Ce qui contrarie passablement les compagnies pharmaceutiques dont les nouvelles molécules ont le plus grand mal à passer les essais cliniques. Mais elles seraient les premières responsables de ce phénomène. Les chercheurs qui l'ont mis à jour en rendent partiellement responsable la publicité pour les médicaments.
 
Reprenons au début. Lorsque les laboratoires veulent vérifier l'efficacité d'un nouveau médicament, ils procèdent à des tests dont le protocole est très réglementé. Ils doivent répartir les volontaires en deux groupes. Au groupe A, ils vont distribuer la pilule qu'ils ont développée, au groupe B, un "faux médicament", qui ne contient aucun principe actif: un placebo. La preuve de l'efficience de la vraie substance sera démontrée si les membres du groupe A sont plus nombreux que ceux du groupe B à se sentir "guéri".
 
Problème, raconte la revue américaine Nature, les compagnies pharmaceutiques qui mettent au point de nouveaux anti-douleurs obtiennent des résultats de plus en plus médiocres à ces tests. Et en analysant précisément les données issues de leurs essais, des chercheurs canadiens ont réalisé que ce n'est pas le médicament qui devient moins performant: c'est le placebo qui "soigne" de plus en plus !
 
Un phénomène américano-américain
 
Ces analystes de l'Université McGill à Montréal ont passé au crible 84 essais cliniques organisés entre 1990 et 2013. Sur la période, la réponse au médicament censé soigner certains symptômes est restée à un niveau équivalent. Ce qui a changé, c'est l'écart entre le nombre de patients soulagés après avoir pris le vrai traitement et ceux soulagés après avoir pris le placebo. Il s'est sensiblement réduit, de 27% en 1996 à… 7% en 2013 !
 
A la grande surprise des chercheurs, ce changement de réponse aux traitements "inactifs" ne vaut que pour les essais cliniques américains. Rien de tel en Europe, en Asie ou ailleurs. Seulement aux Etats-Unis.
 
Conséquence: dans ce pays, au cours des dix dernières années, plus de 90% des médicaments potentiels pour le traitement de la douleur neuropathique et le cancer ont échoué à des phases avancées d'essais cliniques, souligne le neuroscientifique de l'Université de Turin Fabrizio Benedetti.
 
Des attentes grandissantes 
 
Le fait que cette évolution soit si localisée laisse penser aux chercheurs que la publicité directe de médicaments aux consommateurs a peut-être un effet sur leurs attentes. Les USA sont en effet le seul pays au monde -avec la Nouvelle-Zélande- à autoriser la réclame pour des médicaments uniquement délivrés sur ordonnance. Les laboratoires dépensent ainsi des sommes colossales dans la publicité, tout particulièrement depuis un assouplissement des règles intervenu en 1997. Soit à peu près au moment où l'effet du placebo a commencé à se renforcer, selon l'étude canadienne.
 
Les chercheurs estiment que, confrontée à la publicité qui vante les miracles que peuvent accomplir les médicaments, la population a commencé à avoir des attentes plus fortes, à croire davantage à leur efficacité. Le mécanisme psychologique ou physiologique qui joue dans l'effet placebo s'en serait ainsi trouvé renforcé.
 
La pub ne serait néanmoins pas la seule responsable. Les données de l'étude suggéreraient par ailleurs que plus l'essai clinique s'inscrit dans la durée, et plus il est vaste, plus l'effet placebo augmente. Comme si, raconte Nature, "le glamour et la brillance de la présentation amélioraient indirectement les attentes des cobayes".

BFMBusiness

Commentaires

le 09/10/2015

Peut-on en déduire que la pub n'est que mensongère...que veut-on nous faire croire, alors! Ceci-dit lorsque je vois toutes ces pubs, ne serait-ce que pour le transit, je n'en ai pas vu une efficace, pour en avoir essayée. Et comment expliquer que les médecins ne prescrivent jamais, ou pratiquement pas, ces médicaments publicitaires. Il faut dire que ceux-ci sont en vente libre (sans ordonnance). 

Faire paraître à la pub, les médicaments que seuls les médecins peuvent nous délivrer sur ordonnance, imaginons-en la liste, et ce que cela coûterait. De plus, nous, en tant que patients, pourrons exiger tel ou tel médicament pour telle ou telle pathologie, à notre médecin. Pourquoi ne pas aller directement choisir son traitement et le payer. Bienvenus les chômeurs et le trou à la sécurité sociale.

Doit-on penser qu'une partie 'des cobayes"ne devaient certainement avoir trop de douleurs ou du moins sans gravités, pour essayer de tels essais. Oui,j'avais oublier que ce n'était que psychologique. Comment expliquer que ces médicaments dit "placebo" ont aussi des effets secondaires sur l'organisme, ça on en parle pas. Ce serait bien d'en connaître la composition. 

Il va peut-être falloir choisir dans quel pays se faire soigner, les chercheurs étant plus en avance chez certains, plus sûr ou pas. Au final, ça fait beaucoup de "peut-être". 

Ce sujet sera un débat plus riche sur Carenity , que la publicité.

le 09/10/2015

Bonjour,

La publicité sur les médicaments à prescription obligatoire est interdite en France. Il est également interdit de faire de la publicité pour un médicament en cours d'évaluation dans un essai clinique.

Le patient peut être influencé par l'information donnée sur le médicament testé, lorsque l'on sollicite son consentement pour participer à une étude clinique et par ce qu'en dit le médecin qui propose l'étude. Cependant, les informations destinées au patient sont strictement contrôlées par les comités de protection des personnes (CPP), afin qu'elles soient objectives et lui permettent de décider de sa participation en toute connaissance de cause. Il est inévitable que ces informations puissent participer à l'effet placebo par les espoirs qu'elles peuvent susciter, de même que la durée de l'étude, le contexte médical et notamment la gravité de la maladie.

On fait également des études cliniques sur des médicaments déjà autorisés et commercialisés (pour mieux connaître leurs effets secondaires, par exemple). En France, seules de telles études cliniques portant sur des médicaments délivrés hors prescription peuvent donc être biaisées par l'influence des publicités sur le médicaments à l'étude. L'article relaté ici, qui ne concerne qu'une réalité nord-américaine, n'est susceptible d'être valable en France que pour certains médicaments délivrés hors prescription.

La perception de la douleur, sa localisation, son intensité, les caractéristiques de sa manifestation est probablement le phénomène médical le plus sujet à l'effet placebo, tant la dimension psychologique et affective est liée au ressenti de la douleur. Il n'est donc pas surprenant de voir un effet des publicité sur l'effet placebo de ces médicaments. Cela pose bien un problème d'objectivité dans l'évaluation de ces médicaments. Il faudrait peut-être limiter, voire interdire, toute publicité sur ces médicaments antalgiques, du moins via les grands médias de communication.

Pour répondre à Florinda, je dirais que les publicités sont comme toutes les promesses, elles n'engagent que ceux qui y croient. Certains médicaments hors prescription ont une efficacité qui n'est plus à démontrer (aspirine, paracétamol etc.) et d'autres une efficacité plus relative (l'influence du psychisme sur les troubles du transit intestinal n'est pas négligeable et serait plus marquée chez les femmes).

Comme vous l'écrivez, il n'est pas question de permettre au patient de dicter au médecin le médicament qu'il doit mettre sur ordonnance, mais rien ne nous empêche de discuter des médicaments qu'il nous prescrit (pour quelle raison ? quels effets secondaires ? pourquoi celui-là et pas un autre ? etc.).

Les personnes qui participent aux essais clinique ne sont en rien des cobayes que l'on n'informe pas et à qui on ne demande pas leur avis.

Les placebos ne sont pas des médicaments au sens strict du terme, ils ne sont pas commercialisés et leur composition est identique à celle du médicament testé, sauf qu'il n'y a pas le principe actif. Ils peuvent avoir des effets secondaires, c'est même une partie de la raison de leur emploi, qui sont dus aux excipients, identiques à ceux du médicament testé. Dans les essais sur les antalgiques, le fait que des patients soufrant aillent mieux en prenant seulement un placebo n'est pas une négation de la réalité de leur douleur (qui peut être seulement atténuée et non supprimée), mais c'est la démonstration de la complexité de la douleur elle-même.

Enfin, en ce qui concerne le choix du pays où se faire soigner, pour ma part je reste en France sans aucune hésitation !

Cordialement.

le 10/10/2015

@pseudo-masqué ,tout a fait d accord concernant l interdiction de publicite en france pour les medicaments rembourses!

pour @florinda,la plupart des poduits que l on voit ds les pub,comme par exemple pour le transit,existent pour beaucoup sous un autre nom en produits remboursables!comme par exemple le XOLAM comprimes ou sirop qui n est autre que la composition du maalox!

pour l effet placebo,j ai fait il y a quelques annees des gelules placebo,sur demande bien sur d un medecin,pour une patiente accro a un medicament!et cela a marche,comme quoi,le cote psychologique joue un role ds les traitements!mais dorenavant,cela n est plus autorise,hormis ds les essais cliniques des laboratoires!

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