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Marisol Touraine prêche dans le désert médical

27 nov. 2015 • 2 commentaires

Marisol Touraine prêche dans le désert médical
La ministre de la Santé a présenté un nouveau plan pour lutter contre le manque de médecins dans certaines régions. Le Conseil de l'ordre est sceptique.

Comment repeupler nos déserts médicaux? C’était le sujet de l’intervention de la ministre de la santé Marisol Touraine, lors du congrès annuel des médecins enseignants, qui se tient jusqu’à demain à Dijon. Elle a détaillé, en fin d’après-midi, le second volet de son "pacte territoire santé", lancé en 2012 pour inciter les médecins libéraux à s’installer dans les territoires en pénurie. Hasard du calendrier, le Conseil de l’ordre présentait, ce matin, ses atlas régionaux de la démographie médicale, montrant les disparités d’accès aux soins entre territoires. Des inégalités qui risquent bien de perdurer malgré les multiples plans gouvernementaux.
 
Sans surprise, ce sont les régions littorales et frontalières qui s’en sortent le mieux, selon le Conseil de l’ordre. A l’inverse, le Centre combine une faible densité de médecins et des effectifs en diminution. L’Ile-de-France est aussi touchée par cette baisse du nombre de professionnels mais la densité y reste bien plus élevée. La profession étant vieillissante, les tensions démographiques ne vont pas s’arranger dans les prochaines années. Par exemple, la Nièvre devrait voir ses effectifs baisser de 10% d’ici 2020 alors que la population augmenterait de 5%.
 
Assouplissement du numerus clausus
 
Pour la première fois, le Conseil de l’ordre a même réalisé une analyse à l’échelle des "bassins de vie" pour élaborer une carte plus fine des déserts médicaux (voir carte ci-dessous), tenant compte notamment de la densité de médecins, de l’évolution des effectifs et du nombre d’habitants. A ce niveau de précision, on trouve des territoires en difficultés aussi bien dans les zones rurales du centre de la France qu’en Bretagne ou au sein de grandes agglomérations comme celle de Toulouse, pourtant située dans une région favorisée.
 
Pour combler ces écarts, Marisol Touraine a annoncé une nouvelle batterie de mesures. Le numerus clausus va être assoupli, avec la création de 131 places d’étudiants dans les régions en pénurie. Le nombre de contrats d’engagement de service public, grâce auxquels les étudiants vont exercer dans les zones en tension en échange d’allocations, passera de 1.300 à 1.700 d’ici à 2017. De même, le nombre de contrats de praticien territorial, qui assurent déjà un revenu minimal à 480 généralistes, devrait doubler.
 
Avis critique des médecins 
 
Ces dispositifs sont certes bien accueillis par la profession. Mais ils sont loin de déclencher l’enthousiasme du Conseil de l’ordre. "Les mesures incitatives n’ont produit que peu d’effet sur le territoire pour l’instant, il faut rester humble sur leur impact par rapport aux 199.000 médecins en activité régulière", pointe son vice-président Patrick Romestaing, qui veut mettre le paquet sur le développement de stages pour les étudiants dans des cabinets de médecine libérale.
 
Le Conseil a aussi un avis mitigé sur la création des maisons de santé pluridisciplinaires regroupant plusieurs professionnels. Le gouvernement souhaiterait que 1.000 maisons voient le jour d’ici à 2017, contre 800 fin 2015 et 174 en 2012. "Il y a beaucoup de dossiers ouverts car les professionnels touchent des subventions mais cela ne veut pas dire forcément que les maisons ouvrent réellement", nuance Jean-François Rault, président de la section démographie médicale du Conseil. 
 
L'Allemagne, un modèle ?
 
La Cour des comptes partage le diagnostic critique des médecins. Chaque année, dans son rapport sur la sécurité sociale, elle pointe les résultats "globalement modestes" de ces dispositifs. "Les mesures incitatives ont bénéficié essentiellement aux professionnels déjà installés et l’impact sur les nouvelles installations dans les zones sous-dotées a été marginal, voire nul pour les médecins", écrivaient, en septembre, les magistrats, qui plaident pour des mesures plus coercitives.
 
Ils citent notamment l’exemple de l’Allemagne, qui a mis en place un système de quotas pour mieux répartir les médecins sur le territoire. Mais les professionnels sont loin de partager les préconisations de la Cour. "L’Allemagne a les mêmes difficultés que la France en matière d’offre de soins en premier recours", objecte Patrick Romestaing, qui rappelle le mot d’ordre du Conseil: "pas de coercitif, pas d’obligation d’exercice".


Challenges.fr

Commentaires

le 27/11/2015

A suivre. 

le 28/11/2015

"Redynamiser" les régions, sans remettre vraiment les villes à la campagnes, selon un slogan d'autrefois... serait sans doute la solution.
Dans des régions dynamiques avec une population diversifiée, les médecins s'installeraient plus facilement. S'installer dans des régions abandonnées de tous, sauf des vieux, avec l'obligation de faire des dizaines de km d'un patient à l'autre... comment attirer de jeunes médecins dans ces conditions ? C'est une politique globale des bassins de population qu'il faut et non une mesure parcellaire avec les médecins. Mais tout au contraire on supprime les bureaux de poste, les agences bancaires, les lignes de chemin de fer, les classes d'écoles...Nos politiques ne nous donnent pas le sentiment de savoir où ils vont et quelle France ils veulent vraiment... 

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