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Marché des aides auditives : la scandaleuse rente des audioprothésistes

29 sept. 2015

Marché des aides auditives : la scandaleuse rente des audioprothésistes
Au lendemain de la présentation du projet de loi de financement de la sécurité sociale, et s’alarmant du sous équipement des 6 millions de Français malentendants, l’UFC – Que Choisir dénonce aujourd’hui la scandaleuse rente des audioprothésistes. Dans une étude exclusive, l’association pointe les trois causes de la dérive des prix, et pour y remédier, presse les pouvoirs publics de mettre en œuvre sans délai trois solutions concrètes.
 
Prix des audioprothèses : une cause de renoncement aux soins pour 2,1 millions de malentendants 
 
Malgré un prix moyen de 1550 € par appareil, soit 3100 € dans le cas très majoritaire d’un équipement des deux oreilles, les audioprothèses sont très peu remboursées par l’Assurance maladie (120 € par appareil seulement) ainsi que par les complémentaires santé, aboutissant à un reste à charge moyen de 1100 € par oreille. La comparaison effectuée par l’UFC – Que Choisir avec des pays voisins aux reste-à-charges plus faibles montre que pas moins de 2,1 millions de malentendants français ne s’équipent pas en raison d’un coût trop élevé, soit un taux de renoncement aux soins de 58 %.
 
Audioprothésistes : des marges brutes de 78 %, tirées par une pénurie de professionnels
 
L’origine de ces prix excessifs est à chercher du côté des audioprothésistes, profession qui a le monopole de la distribution des audioprothèses. Ils revendent ainsi les appareils 4,5 fois leur prix d’achat (327 €), réalisant une marge brute moyenne de 78 %. Une fois les divers frais et salaires déduits, la marge nette demeure très confortable : entre 15 % et 18 % (contre 10 % dans le déjà rentable secteur de l’optique).
 
Ces surcoûts résultent avant tout de la pénurie, savamment entretenue, d’audioprothésistes en France. En raison de leur faible nombre (3091, pour des besoins estimés par notre étude à 7150 professionnels), ils sont en position d’obtenir des salaires deux à trois fois plus élevés que les professions de santé comparables (infirmières ou kinésithérapeutes, à niveau de formation équivalent). Résultat : plus du tiers du prix (534 €, soit plus de 1050€ pour l’équipement des deux oreilles) revient en salaire à l’audioprothésiste. Le lobby de la profession se mobilise pour un lucratif statu quo, qui a jusqu’à présent été chèrement payé par les consommateurs. Comment admettre que le Ministère de la santé puisse plus longtemps faire le choix de préserver la rente économique des 3100 audioprothésistes plutôt que de résorber le non-équipement de 2,1 millions de malentendants ?
 
Fin de la vente couplée appareil-prestations de suivi : dissocions maintenant les remboursements
 
Aujourd’hui, l’acheteur paie d’un bloc l’audioprothèse et les prestations de suivi tout au long de la vie de l’appareil. Cela se traduit par un prix d’entrée plus élevé, et le paiement par avance de prestations qui peuvent ne pas être effectuées (fermeture de l’audioprothésiste, non-port de l’appareil, décès de l’utilisateur). La « loi Macron » a légalement supprimé cette vente indissociable. Reste à l’Assurance maladie à adapter son processus de remboursement, qui continue à lier matériel et suivi. Cela permettra de faire émerger la vérité des prix, entre l’appareil en lui-même et les prestations qui l’accompagnent.
 
Indépendance des audioprothésistes : des doutes sur les recommandations de produits
 
 Le rachat en cours d’Audika - le leader français de la vente d’audioprothèses - par un fabricant l’illustre, le secteur est soumis à une progressive mise sous dépendance économique de la distribution par les industriels. Celle-ci passe par deux biais : la prise de contrôle directe des distributeurs (plus d’un point de vente sur cinq en France), et une activité de financement des audioprothésistes, via des prêts. Dans les deux cas, la contrepartie exigée est claire : mettre en avant leurs produits auprès des consommateurs. Dans ces conditions, les consommateurs peuvent-ils être sûrs que les produits recommandés sont les plus adaptés à leur audition, et garants du meilleur rapport qualité-prix ?
 
L’UFC – Que Choisir, résolue à obtenir la résorption de l’inacceptable sous-équipement des malentendants français, demande aux pouvoirs publics la hausse du numerus clausus pour les études d’audioprothésiste, la dissociation du remboursement de l’audioprothèse et des prestations associées, et la pleine transparence sur les liens capitalistiques et financiers qui unissent audioprothésistes et fabricants.
 

Commentaires

le 29/09/2015

Ce magazine bien que souvent intéressant me déçoit beaucoup.  En effet, ses journalistes ont spécule sans même se renseigner auprès des administrations qui suivent de très près cette profession. 

Pour info : le prix d'un appareil auditif comprends entre autre, tout le suivi et l'entretien (comme les changements de tubes par exemple), et ce tout au long de la durée de vie de celui-ci, sans coût supplémentaire.  

Si un patient achète un appareil à 1500 euros,  qu'il effectue autant de visite que besoin sur une période d'au moins 5 ans sans sur coût, je  ne vois pas vraiment où est l'arnaque. 

N'oublions pas qu'un audioprothésiste est un professionnel de santé au service du patient, et qu'il a, outre son salaire, pas mal de charges à payer.

Mais comme dans tous les domaines il y a des bons et des mauvais

le 01/10/2015

OUI MAIS A CES PRIX LA IL EST NORMAL D AVOIR UN SUIVI CORRECT; la durée de vie d'un tel appareil est soit disant de 5 ans qu'en pensez vous ?

le 01/10/2015

bonsoir,

@pseudo-masqué 

oui mais si pendant 5 ans on ne le fait pas régler, on à perdu 1500€, de plus la prothèse sortie d'usine doit revenir à 327€ si il la vendait le double soit 654€, les audio prothésistes ne perdraient pas d'argent ensuite on pourrait mettre un forfait de réglage et de réparation pour la suite de vie de l'appareil.

cordialement, James42.

le 01/10/2015

Bonsoir, 

La durée de vie de 5 ans n'est qu'indicative et n'implique pas forcément que l'appareil ne sera plus en état de fonctionner, c'est juste que l'électronique s'use et que la qualité de traitement et restitution du son diminue  ( distorsions ). L'audioprothesiste peut en vérifier l'état, il est là aussi pour ça

le 02/10/2015

Chipitou je suis appareillée depuis l'age de 40 ans bi latérale et je peux te dire que les appareils ne durent pas plus de 5 ans voire 4 ;

depuis que je suis au chomage (à la retraite dans un an) j'ai les deux appareils H.S. et je peux te dire que je suis bien embetée faute d'argent pour les racheter. Cependant, on ne doit pas se faire avoir par les audioprothésistes, auparavant cet entretien était gratuit et le prix abordable (pour quelqu un qui peut payer en trois fois salariée c était jouable) maintenant ils incluent l'entretien qui n est vraiment pas la mer à boire, nettoyer secher en étuve changer un tube en plastique de 5cm ca ne va pas chercher loin. ou régler sur ordinateur la puissance pour les derniers types d'appareils.

Moi, je suis bien placée pour le savoir, en tant que TH pour la mal entendance, vous avez des aides de l'agefigh quand vous pouvez leur soumettre un contrat CDI, ils vous aiderontà vous appareiller si vous avez donc ce CDI.

Mais moi je pense à toutes ces personnes agées, qui ont travaillé toute leur vie et qui ne peuvent s'appareiller pour la sociabilisation, l'écoute en repas familiaux, l'écoute de la télévision on ne peut comprendre tant que l'on est pas atteint de surdité.

Les personnes à la retraite devraient avoir ce coup de pouce de l'état pour leur permettre d'avoir une vie sociale comme tout le monde. Voilà mon coup de gueule. Et merci Julien P pour l'article.

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