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Essai clinique de Rennes: questions sur le protocole

19 janv. 2016 • 14 commentaires

Essai clinique de Rennes: questions sur le protocole

Les spécialistes s'étonnent des particularités de l'essai qui a provoqué la mort d'un volontaire sain.

Fort Knox à Saint-Denis: l'Agence du médicament (ANSM) a connu ce week-end - une fois de plus - des moments difficiles. Ses agents ont enchaîné les réunions de crise. Au siège social, l'ambiance est particulièrement tendue entre omerta et paranoïa. Pourquoi? Parce que c'est l'ANSM qui a validé le protocole de l'essai clinique de Rennes qui a entraîné la mort d'un volontaire. Même si leur état s'est amélioré d'après le CHU de Rennes, quatre des cinq patients qui ont été hospitalisés risquent de conserver des séquelles neurologiques.

Et ce n'est pas sur le soutien de l'Agence européenne du médicament (EMA) que les autorités sanitaires françaises peuvent compter. Vendredi, l'EMA a envoyé un mail confidentiel laconique en interne. En substance: l'Europe n'a rien à voir dans cet essai clinique, il ne concerne que la France et la responsabilité de son autorisation incombe à l'ANSM.

Selon nos informations, les effets indésirables ont été observés alors que les volontaires sains sont passés de 20 à 50 mg. Le médicament est «très compliqué sur le plan pharmacologique», remarque un chercheur spécialisé dans ce type de molécule du système nerveux central. Aujourd'hui, les experts ès médicaments s'interrogent tous sur le protocole du laboratoire portugais Bial (propriétaire de la molécule) opéré par l'entreprise bretonne Biotrial et validé par l'ANSM. Le décès du volontaire est intervenu dans un essai de phase 1, après des tests sur les animaux. La phase 1 évalue la tolérance et l'absence d'effets indésirables.


Le nombre de volontaires testés

Chez les spécialistes du médicament, c'est tout d'abord la taille importante de l'échantillon de volontaires testés - ce que l'on appelle la cohorte - qui pose question. «Quatre-vingt-dix personnes pour un essai de phase 1, c'est énorme», confie un pharmacologue. «Très inhabituel», ajoute un autre. Un chercheur qui a mené plusieurs essais de phase 1 raconte que «d'ordinaire, on compte plutôt une dizaine de volontaires». Question, encore: pourquoi faire tester un placebo en phase 1, ce qui ne se fait quasiment jamais, puisqu'on n'évalue pas encore l'efficacité du produit? Question, toujours: la présence des femmes dans l'essai. Biotrial les recrutait entre 18 et 55 ans, donc en âge de procréer pour une partie d'entre elles, ce que les essais cliniques ne font généralement pas. «On ne prend pas de femmes normalement pour ces essais. D'abord à cause des cycles puis à cause d'une grossesse débutante que l'on n'aura pas décelée», explique un chercheur. Biotrial assure avoir procédé à des tests de grossesse deux jours avant la première administration du produit.

Pour l'instant, on ne peut pas non plus exclure une contamination du médicament par un toxique. Ni exclure des médicaments défectueux car trop dosés par exemple. Mais le volontaire miraculé sur les six qui ont pris le plus fort dosage ne plaide pas en faveur de ces hypothèses.

Pour le Pr Adam Cohen, directeur du Centre for Human Drug Research aux Pays-Bas, «un avion qui s'écrase à cause d'une erreur humaine ne modifie pas tout le transport aérien. En revanche, s'il était possible de prévoir l'accident, il est impératif que tous les documents soient rapidement rendus publics pour être évalués par la communauté scientifique internationale. Car l'accident peut changer les règles».

Sur le plan judiciaire, une enquête de flagrance est en cours pour «blessures involontaires supérieures» au pôle santé de Paris.

Le Figaro Santé

Commentaires

le 19/01/2016

@pseudo-masqué Oui, mais justement ,j'ai l'impression d'assister à un début de bataille d'experts en bout de chaine  quand il faudrait sûrement commencer par le début. En attendant le testeur était marié et père de 4 enfants, t'as vu?  Comment un homme ayant charge de famille pouvait-il être partant  pour ce genre de test?

le 19/01/2016

@pseudo-masqué  malheureusement, pas que la Science qui motive. Peu louable pour certains mais quand on a besoin d'argent ?

Les dons d'organe sont difficiles en France. Des personnes achètent au Marché noir des organes de personnes vivantes consentantes...pour manger notamment en Asie du Sud-Est (vu reportage). J'y ai même vu un fils acheter  10 000 € pour sa Maman. C'est illégal, certes mais pour un proche que ne ferions-nous pas.....

Ne pas confondre avec "le trafic de dons d'organe"

le 19/01/2016

pfffffffffffffffffffff incroyable ! je serai curieuse moi de savoir quelle était la profession de ce pauvre monsieur justement...et non g pas lu ça encore  et non @pseudo-masqué sûrement pas , mais  depuis quelques années , il y a obligation de transparence , et c'est la 1ère dramatique histoire depuis 2006 en Angleterre , et l'EMEA ne semble pas, elle se ...carrément ! 

le 19/01/2016

@pseudo-masqué   Quand on a besoin d'argent .....oui, je comprends. Mais cet homme en avait-il besoin? On ne sait pas .

le 19/01/2016

lamentable! toujours pas de transparence, ni de fautifs!

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