Le soleil est à la fois un ami puissant pour la santé et un ennemi redoutable pour la peau. Voici comment bénéficier de ses bienfaits sans pâtir de ses mauvais coups.

Si le soleil n'existait pas, nous ne serions pas là. Indispensable à la vie, il est aussi essentiel à notre bien- être. Ce sont ses contrastes lumineux qui rythment nos cycles d'éveil et de sommeil, augmentant ou diminuant la sécrétion de mélatonine. C'est encore sa luminosité qui agit sur la production de sérotonine, dont la baisse génère tant de dépressions en hiver… Des vertus qui résultent de la lumière visible du soleil (rayons infrarouges), pas de ses rayons ultraviolets, invisibles et capables du meilleur comme du pire: accélérer le vieillissement cutané et provoquer des cancers de la peau mais sachant aussi consolider les os, traiter les maladies de peau et même prévenir certains cancers et maladies cardiovasculaires. Y aurait-il de bons et de mauvais UV? «Non, tous sont cancérigènes», tranche le Pr Jean-Luc Schmutz, président la Société française de photodermatologie. Les bienfaits du soleil dépendent donc de la compréhension de ses méfaits et de la capacité à en user sans en abuser.

UVA, UVB: à chacun ses méfaits

Le soleil diffuse trois types de rayons ultraviolets. Totalement arrêtés par la couche d'ozone, nous n'avons pas à nous méfier des UVC, les moins nocifs. Restent les autres. Les UVB, très puissants et traversant en partie la couche d'ozone, sont responsables de l'augmentation de l'ensemble des cancers de la peau. A l'origine des coups de soleil, c'est aussi leur accumulation sur l'épiderme qui favorise le carcinome, cancer cutané le plus fréquent (40 000 par an). Quant aux UVA, plus lents à brûler, ils n'en sont pas moins redoutables. En pénétrant jusqu'au derme, ils activent des radicaux libres dans les cellules profondes de la peau, en détruisent les fibres élastiques et on sait désormais qu'ils jouent aussi un rôle dans la survenue des cancers cutanés et notamment du mélanome.

Mélanome, carcinome… Quelle différence?

Les carcinomes, conséquence de l'accumulation de soleil, se divisent en deux catégories selon le type de cellules de l'épithélium atteintes: le carcinome basocellulaire, qui évolue lentement, se traite sans difficulté et n'engage pas le pronostic vital, et le carcinome spinocellulaire, pouvant engendrer des métastases ganglionnaires si l'on n'enraye pas rapidement son évolution. Bouton persistant sur le visage, le dos des mains ou le dé- colleté peuvent en être le premier signe. Le mélanome, qui résulte lui de coups de soleil répétés (surtout dans la jeunesse quand le système de défense de la peau n'est pas encore mature), peut s'installer sur un grain de beauté existant comme apparaître sous la forme d'une nouvelle lésion. «Un diagnostic précoce permet d'en guérir à 100 % mais il est encore à l'origine de mille six cents décès par an en France», martèle le Pr Schmutz.

Bannir les UVA en cabine

Il ne faut donc pas se voiler la face: les rayons du soleil favorisent les cancers cutanés. Ils constituent un facteur de risque accru par des prédispositions génétiques, le tabac, mais aussi les traitements aux rayons X. Et outre les coups de soleil, c'est de la dose cumulée d'UV dont il faut se garder. A trop multiplier les expositions (sur la plage, au marché, dans le jardin), on grignote son capital solaire: la capacité des cellules mélanocytes à se défendre via le bronzage et l'épaississement de la peau. Mais comment surveiller ce capital? «L'apparition d'un carcinome basocellulaire ou d'une kératose actinique - petite lésion grisâtre - signifie que le capital solaire est entamé et qu'en rajouter va faire le lit d'un autre cancer, plus grave cette fois», alerte le Pr Schmutz. C'est pourquoi il faut absolument bannir les UVA en cabine, qui ne font que peser sur l'addition tout en ridant prématurément… se compliquant même parfois d'une tanorexie, addiction aux cabines UV relevant de la psychiatrie.

A bannir aussi: le tout ou rien, générateur de «maladie des cols blancs», un mélanome qui frappe ces managers enfermés tout au long de l'année mais s'exposant à fond pendant quinze jours en été et quinze jours en hiver sous les tropiques, multipliant ainsi les risques de coups de soleil. S'exposer régulièrement à petites doses est bien moins néfaste. A condition aussi d'être protégé. Car, bien canalisés, les rayons du soleil fourmillent de bienfaits.

Les UV médicaux

D'un point de vue médical, le principal atout du soleil sur la peau tient en deux mots: vitamine D. C'est par l'intermédiaire du vaste organe cutané et sous l'effet des UVB qu'est en effet synthétisée la majeure partie de cette vitamine, dont 80 % des Français sont en carence et dont les études ne cessent de démontrer l'intérêt. S'il est désormais acquis que sa présence dans l'organisme, indispensable à la fixation du calcium, limite le risque d'ostéoporose, de fractures et de tassements vertébraux, les chercheurs ont aussi découvert qu'elle jouait un rôle bénéfique sur certains cancers. «En renforçant le système immunitaire anticancéreux, la vitamine D limite la prolifération cellulaire, explique le Pr Schmutz. Une exposition raisonnée au soleil peut ainsi prévenir les cancers où l'immunité joue un rôle important.» De fait, les études ont montré une moindre prévalence des cancers du sein, de la prostate, du côlon et du pancréas sous les latitudes ensoleillées. La relation entre une faible concentration en vitamine D et une hausse de la tension artérielle a aussi été établie. A petite dose (30 min/jour), le soleil joue donc aussi un rôle préventif sur les maladies cardiovasculaires dans la mesure où la vitamine D active les cytokines pro-inflammatoires, petites protéines circulant dans l'organisme et calmant les stimuli détectés.

Si le soleil peut prévenir, peut-il aussi guérir?

Oui, car «en étroite communication avec tous les autres organes, la peau possède son propre système immunitaire sur lequel les UV ont une action immunosuppressive», précise le Pr Schmutz. Et c'est en mettant ce système immunitaire au repos via des UV médicaux que l'on peut traiter un cancer lymphocytaire ou des maladies cutanées inflammatoires comme le psoriasis, l'eczéma, le vitiligo. En faisant appel à des longueurs d'ondes d'UV (A et/ou B) très précises et selon un protocole très encadré. Sur un psoriasis généralisé, où un traitement médicamenteux peut être plus risqué que des UV, le nombre de séances sera ainsi limité à 200/250 sur toute la vie. Les bienfaits des ultraviolets ne doivent jamais en occulter ses méfaits…

Source : Figaro Santé

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