On peut être jeune et souffrir de dépression
Trouble bipolaire

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Trouble bipolaire et dépression

Découvrez le parcours de Camille, étudiante de 21 ans en faculté de chimie dans la région Lilloise. Camille, qui souffre de dépression et de trouble bipolaire depuis 2013, souhaite sensibilier davantage le public à ses pathologies, notamment les jeunes.

Comment avez-vous été diagnostiqué et par quel professionnel de santé ? 

J'ai été diagnostiquée vers l'âge de 15 ans, après de nombreux rendez-vous avec un psychologue puis un psychiatre. 

Quels ont été vos symptômes ? Vos phases ?

Les premiers symptômes que j'ai eu à l'âge de mes 15 ans étaient particuliers, je pouvais passer par de gros changement d'humeur, je pouvais très bien rire et quelques heures après, pleurer ou me mettre en colère, mais tout été amplifié. Je n'avais pas de traitement au début, alors on me laissait avec ces humeurs changeante.

Par la suite, ça c'est aggravé, je pouvais faire de gros projets complètement délirants. Je travaillais des nuits entières sans m'arrêter, je ne dormais, ni ne m'alimentais pas. Souvent, au bout de deux semaines, je finissais à l'hôpital car mon corps était à bout. Puis venait la phase où je me trouvais nulle, stupide, je pleurais, je n'allais plus en cours, je broyais du noir des journées entières avec des idées suicidaires. 

Maintenant avec les régulateurs d'humeur, les troubles bipolaires sont gérés, mais la dépression est encore bien présente.

De quelle façon la bipolarité a-t-elle impacté votre adolescence ?

La bipolarité a impacté mon adolescence sur le plan émotionnel et physique. L'adolescence est une période compliqué mais avec une pathologie en plus, c'était réellement catastrophique.

En effet, pendant les phases maniaques, je courais tout le temps partout. En classe, impossible de me concentrer, rester assise. A cette période, je me sentais intouchable, immortelle, je me mettais en danger en consommant de la drogue, en buvant beaucoup d'alcool.

J'avais la réputation d'être une fille toxicomane, à problème. J'ai grandi dans une petite ville et comme dans chaque petites villes tout à tendance à se savoir. J'en souffrais beaucoup car ce n'était pas moi cette fille aux allures délurées

Comment cela affecte-t-il vos relations avec vos proches ?

Mes parents étant divorcés, je vivais avec mon père et ma belle-mère. A l'adolescence, ils mettaient tout sur le dos de la fameuse crise, même si le psychiatre leur répétait que c'était bien plus que ça. Il y a quelques temps, j'ai fait trois tentatives de suicide avec un séjour en hôpital psychiatre et une mise sous tutelle. Ma belle-mère a refusé de venir me voir à l'hôpital, elle pense à une comédie. Et mon père est dans l'incompréhension, il m'en veut de ces actes et refuse de me soutenir.

J'ai raté ma première année de licence à cause de la dépression. Mon père était très en colère, il disait que c'était pour me rendre "intéressante", que je n'avais rien, que les médecins disaient n'importe quoi, que j'étais juste faible et que je risquais de rater ma vie si je continuais à faire mon égoiste. Je n'ai jamais ressenti de la compassion, ou même de la tristesse à mon égard de leur part même après mes trois tentatives.

Quel professionnel de santé vous suit ? Et quel est la qualité de ce suivi ?

Je suis suivi actuellement par un psychiatre et un psychologue à la fréquence d'une séance par semaine ou toutes les deux semaines pour les deux. J'ai souvent détesté aller chez le psychiatre, je le voyais comme un dealer qui me vendait sa came d'antidépresseurs. Il me promettait une guérison avec le Prozac, surnommé la pilule du bonheur, qui n'était qu'une illusion d'ailleurs.

J'ai changé de psychiatre et après, tout a été différent. Les séances, je les gère avec ce dont j'ai envie de parler ou non. J'ai le droit de refuser de parler, de m'en aller au bout de dix minutes si je le souhaite. Je me sens aller de l'avant. Je me sens comprise et plus prise pour seulement un patient à qui on doit vendre des médicaments. La psychologue travaille sur les peurs que je peux avoir - comment réagir en cas de situation stressante. C'est vraiment une aide importante car ça permet d'un côté d'être écouté, et de l'autre de travailler sur moi pour avancer.

Quels sont les manifestations les plus difficiles à gérer ?

Il est difficile de gérer ma vie d'étudiante. Je suis en DUT, mes absences sont donc notées, malheureusement, souffrant de phobie scolaire, il m'est parfois impossible d'aller en cours. Et les professeurs ne sont pas compréhensifs, ils pensent tout de suite à de la comédie car lorsqu'on se présente en cours et qu'on fait une journée normale, ils ne comprennent pas pourquoi un jour j'y arrive et l'autre pas.

Les traitements sont aussi très lourds, je suis souvent dans un état second, je suis longue pour réfléchir, j'ai du mal à me concentrer. Je suis constamment obliger de me justifier de ces états et absences à des personnes qui ne veulent pas comprendre. Car, pour eux, si je ne passe pas mon temps à pleurer, je ne peux pas être dépressive. C'est lourd à porter, le regard des personnes est très dur.

Les terreurs nocturnes, les pleurs qui ne s'arrêtent pas, l'anorexie ce sont des facteurs qui font que c'est compliqué même au niveau social. 

Avez-vous un message à transmettre aux personnes dans la même situation que vous ? 

A 21 ans, cet l'âge où l'on entend dire que ce sont nos plus belles années et que rien n'est important, on peut souffrir de dépression. On peut souffrir du mal de vivre, on peut avoir envie de tout plaquer et de dire stop. 

Il faut se faire entourer - même si dans mon cas, ma famille ne me soutient pas -, j'ai les spécialistes qui sont la, quelques amis à qui je peux me confier. J'ai mon copain qui reste à mes côtés malgré toutes ces idées noirs et ces moments difficiles. C'est dur, c'est même horrible mais on peut surmonter tout ça. J'aimerais que les jeunes qui vivent la même chose, ne lâchent pas. Qu'ils se battent et qu'ils sachent qu'ils ne sont pas seuls, que la vie mérite d'être vécue même si on pense le contraire quand on est en crise de larmes. 

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le 04/01/2018

Bonjour Camille

Bravo pour ton témoignage car il me semble très juste et tu décris très bien cette maladie.

Il est vrai que l'on vit avec des très hauts et des très bas (La normalité vit avec des hauts et des bas) mais nous on fait les montagnes russes.

Ce n'est pas facile à vivre mais tu verras avec le temps qu'il y a aussi des points positifs dans cette" drôle de différence"

J'ai 61 ans et je suis certainement  concernée par les troubles bipolaires depuis mon adolescence même si j'ai été diagnostiquée (Vers 40 ans) très tard par le monde psychiatrique et par une prise en charge médicamenteuse.

C'est sûr que c'est difficile à l'adolescence de vivre avec cette maladie (j'aime mieux le mot différence) et sache que ma famille n'a jamais compris ma maladie et ne m'a jamais soutenu.

Je crois que ce n'est pas de l'indifférence mais plutôt de la peur face à la maladie mentale car ma famille ne sait pas quoi faire ni comment faire.

Je n'ai pas bien vécu non plus ma jeunesse car je ne comprenais pas bien le sens de ma vie sur terre.

Cela vaut mieux (il me semble) d'être diagnostiquée jeune car c'est plus facile de trouver la stabilisation.

J'ai fait une école de mime et de cirque à Paris à l'age de 28 ans et à la suite de cette école (Peur absolu du regard des autres) j'ai fait un travail personnel avec un psychothérapeuthe que j'ai moi même trouvé car je sentais bien depuis toujours qu'il y avait un problème.

Je crois que ce thérapeuthe m'a sauvé la vie (mes troubles étaient moins importants mais toujours existants) mais j'ai arrêté ce travail (sans son accord) et j'ai fait une décompensation peu de temps après avec grave dépression et grave exaltation à l'age de 40 ans.

J'ai commençé a connaître le monde de la psychiatrie et de leur batterie de médicaments que j'ai longtemps refusé ou arrêté.

Suite à un changement de région, je n'ai retrouvé un psychiatre compétent tout de suite et j'ai compensé dans mes états dépressifs avec de l'alcool.

Et là j'ai connu l'enfer car je n'ai pas arrêté l'alcool quand j'allais mieux et les crises d'exaltation avec de l'alcool ne font que d'agraver la maladie. (Mon fils en a beaucoup souffert)

Il est recommandé pour les bipolaires de ne pas toucher à toute forme de drogue ce qui ne fait que d'exacerber nos troubles.

J'ai enfin trouvé un psychiatre compétent et des cliniques psychiatriques qui m'ont bien expliqué la maladie.

Cette maladie ne peut essentiellement pris en charge que par un traitement médicamenteux mais il faut mettre des mots sur nos maux.

Les dire ou les écrire me semble essentielle si on veut rapidement stabiliser cette maladie comme toute forme de maladie d'ailleurs.

je ne pense pas qu'un traitement trop lourd soit nécessaire mais adapté à la personne car tu as besoin de toute ta concentration pour tes études.

Pour cela il faut que tu connaisses bien les traitements et que tu sois maître de ton traitement car tu as toujours ton mot à dire.

Il faut faire alliance avec son médecin et discuter avec lui sur le même plan d"égalité.

Certes il a la possibilité de prescrire un traitement car c'est un médecin mais il ne les prend pas. Toi oui et tu peux mieux savoir que lui ce qui te convient ou pas.

Actuellement je prends uniquement du Depakote matin et soir et j'ai même arrêté les somnifères que j'ai pris trop longtemps mais c'était difficile.

J'ai pris parfois des antidépresseurs mais avec parcimonie car les antidépresseurs peuvent provoquer des virages maniaques.

On peut souffrir de dépression et du mal de vivre à tous les âges mais chez les bipolaires, ce n'est qu'un passage car il retrouve aussi la force de vivre (L'autre versant de la maladie).

En fin de compte il faut apprendre à contrôler ce trop plein d'énergie (Notre différence) pour éviter toute forme de rechute.

Faire attention à son hygiène de vie, sommeil, repas et dépenses physiques.

Je fais aussi de la méditation.

Actuellement je fais du théâtre, de la radio car je suis en retraite et c'est un bon équilibre.

Je te souhaite beaucoup de courage et de persévérence pour te permettre de réussir tes études et sache que même su tu es dans les ténèbres la renaissance n'est pas loin.

je te souhaite une très belle année.

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le 06/01/2018

Pourpre 

Comment faire quand le bipo ne veut rien écrire et ne rien dire.

Pour l instant je ne vois que la patience.... ?

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le 06/01/2018

Bonjour Camille tu représente l espoir pour les personnes atteint par cette maladies .N arête pas de te battre .je te souhaite du courage et que tu puisse mieux vivre avec .

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le 06/01/2018

Bonsoir! (c'est Arlequin!)(je réâpparais!)

   Je souhaite à tout le monde plus d'espoir,plus de confiance-en soi et en les autres-,de s'efforcer de maintenir ou créer des liens avec l'extérieur pour

ne pas s'enfermer sur soi (et ne pas "étouffer"!),et surtout de la chaleur

humaine en toute saison!

  Je suis sur le point de prendre ma retraite (j'ai 62 ans), et ma satisfaction

principale est d'être arrivée à enseigner (le piano, dans une école de

musique)malgré des hospitalisations , des relations sentimentales houleuses

et beaucoup de médicaments (antidép.,anxiol., somnif.nif!) (j'ai eu des

psychiâtres à la main lourde); je souhaiterais continuer à travailler encore

1 an car j'appréhende la retraite (solitude: je vis seule et ai peu de

relations et encore moins d'amis(es);de plus, ayant beaucoup de douleurs

type arthrose, je ne peux faire de sport! ...alors, je lis beaucoup!, quand

l'attention et la compréhension sont au rendez-vous (avec les polars, c'est

mieux)                 Je souhaite à tous et à toutes une douce et bonne année!

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le 11/01/2018

Bonsoir, je ne suis pas bipolaire mais vos témoignages m'ont émus. Ma nièce est mariée et son mari est bipolaire. Un an après leur mariage, ils se sont séparés, ma nièce ne supportant plus ces différentes humeurs. Elle lui a dit d'aller voir un psychiatre qui lui a dit qu'il est bipolaire. Sa maladie s'est déclarée à 25 ans, il est soigné et vit normalement. Au bout d'un an ils ont repris la vie en commun. Je sais qu'il souffre mais il est très courageux. Sa force ce sont ses 2 filles et sa femme.

quand il a été diagnostiqué ce fut pour lui une délivrance. Je crois qu'il faut être aimé et bien suivre son traitement. Je vous souhaite à tous beaucoup de courage et la bipolarité n'est pas une honte, c'est une maladie que les gens ne connaissent pas. Il faut la faire connaître, avez vous une association qui peut vous aider et faire connaître la maladie.

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le 26/03/2018

Très beau témoignage, merci. Il est vrai que beaucoup de jeunes soit ne connaissent pas assez la dépression pour en deviner l'existence dans leurs vies, soit carrément pensent ne jamais tomber dedans par fierté, se croyant plus fort. Mais une fois qu'elle nous tombe dessus, c'est là qu'on se pose des questions, qu'on ne comprends pas le pourquoi du comment, qu'on s'isole, qu'on perd pied et que l'o vit une vrai épreuve mentale et physique. 

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le 28/06/2018

Bonjour Camille,

Je suis bipolaire depuis 37 ans! Mon adolescente a été difficile, je me sentais très différente des autres, très repliée sur moi-même (phobique sociale). A la maison, ma mère également bipolaire (elle disait dépressive ) traversait des périodes difficiles et cela m’angoissait et interdisait toute visite d'amie. Puis quand j'ai quitté la maison pour aller faire mes études à Toulouse, j'ai eu ma première crise maniaque. Je ne me reconnaissait plus et ne comprenais pas ce qui se passait. J'étais livrée à moi-même et avait perdu tous mes repères. Pendant la semaine d'intégration, j'ai perdu le sommeil...et me suis retrouvé en cure de sommeil à l'hôpital. Bref, ensuite retour à la maison, la descente aux enfers de la dépression. Ma première année a été perdue. J'ai été autorisée à redoubler mais dès que je me suis retrouvée sur les lieux, j'ai rechuté et ...nouvelle hospitalisation. Heureusement, une assistance sociale du service m'a permis de m'inscrire à l'université près de chez moi, où j'ai repris un rythme de vie "ordinaire". J'ai été soutenue par celui qui est devenu mon mari par la suite. Cette année n'a pas été très productive au niveau intellectuel, difficulté de mémorisation et de concentration mais j'étais assidue à presque tous les cours.

J'ai donc triplé ma première année, et comme j'avais toujours été une bonne élève, c'était très difficile à admettre tout comme ma maladie dont je ne parlais à personne sauf aux intimes. J'ai enfin réussi le passage 2eme année et ainsi de suite jusqu'au niveau bac +5 . J'ai eu à nouveau des difficultés lors de mon stage en entreprise mais avec la compréhension des enseignants, j'ai pu valider mon diplôme. J'ai compris que  je pourrais jamais supporter le travail dans une entreprise privée à cause de la pression et me suis orientée vers l'enseignement.

J'enseigne depuis 30 ans. J'adore mon métier et je suis très sensible au jeunes en difficulté de tous ordres que j'essaie de soutenir et défendre. C'est difficile de voir quelqu'un lâcher prise à cause de problèmes personnels. Une chose est sûre, il ne faut pas hésiter à parler à des adultes de confiance. La question de l'absentéisme est cruciale aussi. En tant qu'enseignante, il m'est impossible d'aider un jeune qui ne vient pas en classe même si j'en comprends parfaitement la raison. Le monde professionnel est bien plus cruel encore malheureusement. 

Je suis maintenant stabilisée après plusieurs épisodes que j'ai réussi à grâce à mon apprentissage des symptômes, ma réactivité face à eux, à mon traitement et mes échanges réguliers avec ma psy. Le jour où je l'ai accepté, j'ai commencé à aller mieux. C'est fût un long cheminement pour me rendre à l'évidence.

J'espère que mon expérience pourra t'aider et surtout t'encourager. Il y a toujours une lumière au bout du tunnel.

Amicalement,

Brigitte

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le 17/07/2018

Bonsoir Camille

Bravo pour ton témoignage tu es courageuse , vraiment , tu décris très bien notre maladie.

Ce n'est pas facile à vivre , et c'est assez long pour se stabilisé , et tu vas apprendre a te service a bon escient de notre " différence " . Nous sommes entier , et cela c'est important, bon courage . 

amicalement