Comment endurer une mammectomie
Cancer du sein

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Mon combat contre le cancer du sein

Béatrice, membre Carenity, est atteinte d’un cancer du sein depuis 2013. Elle nous raconte son combat contre la maladie et comment elle a su rester forte malgré cette épreuve.

1 - Bonjour Béatrice, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Bonjour, je m’appelle Béatrice, j’ai 62 ans et je suis divorcée. J’ai 2 enfants, une fille de 41 ans et un garçon de 35 ans. Je vis seule, enfin pas exactement … j’ai un gros chat avec moi ! Je suis Aide-soignante de nuit et AMP (aide médico psychologique).

2 - Comment avez-vous réagi face au diagnostic de la maladie ?
Tout a démarré comme pour la plupart d’entre nous. C’est lors de la mammographie que je fais tous les 2 ans que l’on m’a détecté une micro-calcification qui n’était pas normale. Donc tout a suivi ...examens radiographiques, biopsie, scintigraphie etc... et bien sûr le moral dans les chaussettes, la peur de l’inconnu mais soutenue par mon médecin et l’équipe médicale, qui me disaient que c’était pris au tout début, que ce ne serait rien.

J’ai subi une première intervention : la mammectomie où on enlevait qu’une petite partie du sein affecté. Cela ne se voyait pas trop en fin de compte. Le moral est remonté et je me disais que j’avais évité le plus grave !

Un mois après l’intervention, j’étais sereine, mais lors de ma visite chez le chirurgien, j’apprends que c’est plus grave que ce qu’il pensait. Les analyses de ce qu’il m’avait retiré n’étaient pas bonnes et après consultation de toute l’équipe médicale, il fallait m’enlever le sein complètement… Dans ces moments là, vous avez l’impression que le ciel vous tombe sur la tête. Vous ne comprenez pas.

L’opération a dû se faire rapidement, donc j’étais à moitié ailleurs et à vrai dire, je fonctionnais comme un robot. Je me posais beaucoup de questions, j’allais sur le site la chaîne rose pour avoir des réponses de personnes comme moi, et là c’était encore pire car j’ai découvert chaque facette de ce vilain crabe, diffèrent d’une personne à l’autre.

Lors de l’opération, j’avais le moral très bas, j’avais fait mes adieux à ce sein qui représentait ma vie de femme et de mère. Le plus dur c’est quand je me suis vue mutilée, ce fut un choc. On ne se représente pas avant ! Même si on se croit prête ! C’est vrai qu’à ce moment-là je ne voulais plus vivre, plus me voir. Je me détestais.

3 - Aviez-vous de la famille ou des proches touchés par la maladie ?
Dans ma famille, je n’ai jamais entendu parler d’un cancer du sein. Est-ce un accident de parcours ? Je ne sais pas.

4 - Où avez-vous trouvé la force de vous battre ?
Ce combat ne s’est pas fait en un jour. Avant je m’énervais souvent pour des petits rien, je me dépêchais pour arriver à tout faire.

En travaillant dans le milieu médical, on s’en rend compte encore plus. Alors, je me suis dit : "arrête de te plaindre car tu peux courir, parler, faire tous les gestes de la vie, être autonome. Ce sein disparu ne t’empêche pas de faire plein de choses et il y a des gens plus malheureux que toi !"

Petit à petit j’ai remonté la pente. Je me suis appropriée ma cicatrice, ce que je trouvais horrible au départ le devenais de moins en moins. Je massais régulièrement ma cicatrice pour accélérer la cicatrisation. Ensuite finalement elle représentait la souffrance et les durs moments par lesquels j’étais passé. Même disparu, mon sein m’apparait à travers mon histoire et je ne l’oublie pas.

5 - Aujourd’hui, ou en êtes-vous face au combat contre votre cancer du sein ?
Aujourd’hui j’ai repris le travail en temps thérapeutique. Je pense plus à moi et j’ai repris le sport :) J’ai changé de coiffure et je m’occupe de moi, je me bichonne.

Aujourd’hui, les petits plaisirs de la vie sont devenus très importants pour moi.

6 - Vous avez décidé de ne pas procéder à la reconstruction de votre sein. Pour quelle(s) raison(s) ?
J’ai décidé de rester « amazone » car il est vrai que je n’ai pas de relation amoureuse, donc c’est plus facile pour m’accepter. C’est aussi un choix, je n’avais pas forcément envie de repasser sur la table d’opération et de souffrir à nouveau.

Si j’avais été plus jeune, j’aurais procéder à la reconstruction. Mais j’ai 62 ans, je pense que c’est inutile sans une vie amoureuse.

Et surtout si j’ai remonté la pente aussi vite, c’est parce que je n’ai pas eu de traitements ni de chimios ! Cela me faisait peur quand je vois les malaises et fatigues que peuvent avoir ces jeunes femmes.

Je dirai que moi c’était un petit cancer malgré ma mutilation. Mais l’épée de Damoclès reste tout de même au-dessus de ma tête ! Et puis on pense à l’autre sein aussi et à chaque mammographie on a peur, c’est inévitable.

7 - Quel message souhaiteriez-vous transmettre ?
Après ce que j’ai vécu, je dirais qu’il faut prendre soin de soi. Il faut regarder autour de soi ce qui se passe, de dire je t’aime tant qu’il en est encore temps et que la vie est là malgré tout. La vie est belle, surtout si on peut en profiter encore.

Bien sûr, j’ai encore quelques moments tristes car on ne guérit pas en un jour. Je pense qu’il faut plus d’un an pour tout accepter. Mais pouvoir serrer mes petits enfants dans mes bras comme je l’ai fait l’été dernier et pouvoir jouer avec eux a été pour moi un grand bonheur car je ne les vois pas souvent. Quoi qu’il en soit, tant que l’on peut bouger, embrasser, danser, la vie vaut le coup d’être vécue !

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Commentaires

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le 25/10/2017

Béatrice j'ai lu attentivement ton témoignage j'ai le même age que toi et j étais moi-aussi aide-soignante. Je te tire mon chapeau pour ton courage, je pense que c est dû à notre métier qui nous apprend à relativiser. Bon courage, pour la suite tu es super.  verveine